Économie & finances publiques : Pouvoir d'achat et préférence européenne
Jordan Bardella n'est pas candidat en 2027 : les positions recensées ici sont celles qu'il a portées comme candidat à Matignon en 2024, puis comme président du RN, et qu'il défend désormais dans la campagne de son camp. Trois axes revendiqués : pouvoir d'achat, compétitivité des entreprises françaises et réduction de ce qu'il désigne comme le coût de l'immigration. L'Institut Montaigne a chiffré le programme qu'il présentait aux législatives de 2024 à 85 Md€ de dépenses et de baisses d'impôts pour 14 Md€ d'économies, soit un déficit public creusé de 71 Md€ par an.
Exonérer de charges les hausses de salaire jusqu'à 10 %
Exonérer les entreprises de cotisations patronales, pendant cinq ans, sur les augmentations de salaire qu'elles consentent, dans la limite de 10 % de la grille et pour les rémunérations inférieures à trois SMIC, afin qu'une hausse décidée par l'employeur coûte moins cher et se traduise plus largement en net pour le salarié. Environ 90 % des salariés du privé se situent sous le seuil de trois SMIC.
Chiffrage : L'Institut Montaigne (think-tank libéral) chiffre une montée en charge progressive : 0,8 Md€ la première année, puis environ 4 Md€ par an à l'horizon de la cinquième, l'exonération ne portant que sur la fraction correspondant aux 10 % de hausse. La Fondation Jean-Jaurès (think-tank classé à gauche) retient un manque à gagner pour la Sécurité sociale de l'ordre de 12 Md€ à l'horizon 2029. Le programme d'ensemble creusait le déficit public de 71 Md€ par an selon l'Institut Montaigne.
Note de crédibilité : 42 sur 100. Précision de la mise en œuvre 16 sur 25, financement 6 sur 25, adossement au consensus économique 9 sur 25, précédents observés 11 sur 25.
Arguments favorables : Le mécanisme est direct et lisible : il agit sur le coin socio-fiscal, c'est-à-dire l'écart entre ce que paie l'employeur et ce que touche le salarié, qui est élevé en France. (OCDE, « Taxing Wages », indicateurs de coin fiscal) Contrairement à une hausse du SMIC, la mesure ne contraint pas l'employeur : elle subventionne une décision volontaire, ce qui écarte le risque de destruction d'emploi. (Différence entre salaire administré et incitation fiscale)
Objections : Les effets d'aubaine sont massifs : l'État financerait des augmentations qui auraient de toute façon eu lieu. C'est le reproche central que l'Institut Montaigne adresse à la mesure, qu'il juge par ailleurs peu efficace sur l'emploi parce qu'elle n'est pas concentrée sur les bas salaires. (Institut Montaigne (think-tank libéral), chiffrage des législatives de 2024) Exonérer les hausses de salaire de cotisations revient à priver l'Assurance maladie et les retraites de recettes assises sur ces mêmes salaires : cela dégrade le financement de prestations que le programme promet par ailleurs de revaloriser. (Fondation Jean-Jaurès (think-tank classé à gauche), critique du volet travail du programme du RN) Le dispositif crée un effet de seuil à trois SMIC et un incitatif au fractionnement des augmentations, avec un risque d'optimisation important. (Conception des barèmes d'exonération) Le financement annoncé, économies sur l'immigration et contribution européenne, ne correspond pas aux ordres de grandeur nécessaires : l'Institut Montaigne ne retenait que 14 Md€ d'économies documentées face à 85 Md€ de dépenses et de baisses d'impôts. (Institut Montaigne, chiffrage global des programmes des législatives de 2024)
Précédent, France, CICE puis allègements généraux (2013-2019) : Crédit d'impôt puis baisses pérennes de cotisations, pour environ 20 Md€ par an. Environ 100 000 à 160 000 emplois préservés ou créés selon France Stratégie, soit un coût par emploi très élevé ; effet sur les salaires plus faible qu'attendu. Précédent français direct : les exonérations de charges produisent des effets réels mais modestes, à un coût budgétaire par unité de résultat considérable.
Précédent, France, prime de partage de la valeur (2019-) : Prime exonérée de cotisations et d'impôt, versée à la discrétion de l'employeur. Diffusion large, mais effet de substitution documenté : une partie des primes a remplacé des augmentations de salaire qui auraient eu lieu, avec une perte de recettes sociales. Le risque de substitution est mesuré et connu : c'est exactement l'objection faite à la mesure proposée.
Sources : Institut Montaigne (think-tank libéral) : chiffrage de l'exonération sur les hausses de 10 % des grilles de salaires · Fondation Jean-Jaurès (think-tank classé à gauche) : critique du volet travail du programme du RN · Institut Montaigne : chiffrage global des programmes des législatives de 2024
Ramener la TVA de 20 à 5,5 % sur les carburants et l'énergie
Abaisser le taux de TVA de 20 à 5,5 % sur les carburants, l'électricité, le gaz naturel et le fioul domestique. Jordan Bardella présentait cette baisse comme la première mesure d'un gouvernement qu'il aurait dirigé, applicable « dès les premières semaines », et comme le cœur de son volet pouvoir d'achat.
Chiffrage : L'Institut Montaigne (think-tank libéral) chiffre la mesure à 11,3 Md€ par an, dans une fourchette de 9 à 13,6 Md€, l'assiette taxée à 20 % rapportant environ 15,6 Md€ de recettes annuelles. Le RN retenait de son côté 7 Md€ pour la fin de l'année 2024 et « un peu plus de 12 Md€ » en année pleine ; la Fondation iFRAP (think-tank libéral) allait jusqu'à 16,7 Md€.
Note de crédibilité : 45 sur 100. Précision de la mise en œuvre 18 sur 25, financement 7 sur 25, adossement au consensus économique 8 sur 25, précédents observés 12 sur 25.
Arguments favorables : La TVA est un impôt régressif et l'énergie pèse davantage dans le budget des ménages modestes : la baisse touche mécaniquement un poste de dépense contraint, sans démarche à accomplir. (INSEE, structure de consommation des ménages par décile) Le véhicule juridique est simple pour l'électricité, le gaz et le fioul : une loi de finances suffit, sans administration nouvelle ni négociation préalable, ce qui rend le calendrier annoncé plausible sur ce périmètre. (Directive (UE) 2022/542, qui autorise les taux réduits sur ces énergies)
Objections : Le taux réduit sur les carburants se heurte au droit européen : la directive TVA ne range pas les carburants routiers parmi les biens éligibles au taux réduit, et l'Institut Montaigne identifie sur ce point un obstacle nécessitant une révision européenne difficile à obtenir. (Institut Montaigne, chiffrage de la mesure (2024) ; directive TVA 2006/112/CE révisée) La mesure est mal ciblée : le gain croît avec la consommation d'énergie, donc avec la taille du logement et le kilométrage, ce qui profite en montant absolu davantage aux ménages aisés qu'aux plus modestes. (Fondation Jean-Jaurès (think-tank classé à gauche), analyse de la baisse de TVA sur l'énergie) Elle affaiblit le signal-prix sur les énergies fossiles alors qu'aucun instrument de substitution n'est prévu, et l'Institut Montaigne relève qu'une partie du coût viendrait précisément de la hausse de consommation induite. (Conseil des prélèvements obligatoires ; Institut Montaigne) Aucun financement propre n'est identifié : la baisse est gagée sur des économies liées à l'immigration et sur la contribution européenne, deux postes que les chiffrages indépendants évaluent très en deçà des montants annoncés. (Institut Montaigne, chiffrage global des programmes des législatives de 2024)
Précédent, Espagne, Belgique, Italie, 2021-2023 : Baisses temporaires de TVA sur l'électricité et le gaz pendant la crise des prix de l'énergie. Effet immédiat et mesurable sur les prix à la consommation, mais coût budgétaire élevé et mesures jugées mal ciblées par la Commission européenne et le FMI, qui ont recommandé de leur substituer des aides ciblées ; la plupart ont été supprimées dès la détente des prix. La mesure fonctionne techniquement et vite, ce qui n'est pas contesté ; sa faiblesse est le ciblage et l'absence de financement, d'autant plus problématique quand elle est présentée comme permanente et non comme une réponse de crise.
Précédent, France, boucliers tarifaires 2021-2024 : Blocage puis plafonnement des tarifs réglementés du gaz et de l'électricité, complétés par des remises à la pompe. Inflation énergétique nettement contenue par rapport à celle des voisins européens, au prix de plusieurs dizaines de milliards d'euros de dépenses publiques sur trois ans selon la Cour des comptes, et sans aucun ciblage sur les revenus. Précédent français direct : l'État sait faire baisser la facture par un instrument fiscal général, mais l'expérience récente montre que le coût budgétaire est du même ordre que le gain distribué, et qu'il faut ensuite en sortir.
Sources : Institut Montaigne (think-tank libéral) : baisser la TVA de 20 à 5,5 % pour les carburants, l'électricité, le gaz et le fioul domestique · Fondation Jean-Jaurès (think-tank classé à gauche) : une mesure coûteuse et inefficace pour le pouvoir d'achat · LCP : Jordan Bardella dévoile le programme du RN (24 juin 2024)
Un « Buy European Act » réservant la commande publique aux entreprises européennes
Imposer une préférence européenne dans les marchés publics, afin d'orienter la dépense publique vers la production réalisée sur le continent et de soutenir la réindustrialisation.
Note : 30 sur 100. Le droit européen des marchés publics interdit la préférence nationale explicite et l'accord de l'OMC sur les marchés publics lie l'Union : une version forte supposerait une renégociation à 27 puis à l'OMC. Des marges réelles mais limitées existent sur l'allotissement, les critères environnementaux et les instruments anti-subventions adoptés depuis 2022. Source : Programme du RN présenté par Jordan Bardella (2024) ; directives européennes sur les marchés publics.
Supprimer les impôts de production qui pèsent sur les entreprises
Poursuivre la suppression des impositions assises sur l'outil de production et non sur le bénéfice, présentée dans le discours de Menton du 7 mars 2026 comme un levier de compétitivité et de réindustrialisation.
Note : 42 sur 100. L'orientation est partagée bien au-delà du RN et déjà engagée depuis 2021, avec un diagnostic solide sur le niveau français de ces impôts ; mais la suppression du reliquat représente plusieurs milliards d'euros de recettes des collectivités locales, dont ni la compensation ni le calendrier ne sont précisés. Source : Rassemblement national, discours de Jordan Bardella à Menton (7 mars 2026).
Fiscalité & impôts : Baisse de la fiscalité indirecte et familiale, refus de taxer les fortunes
Les positions fiscales que Jordan Bardella porte pour son camp, et non comme candidat, privilégient les baisses d'impôts indirects et familiaux visant les classes moyennes et populaires, refusent la taxation des grandes fortunes, et gagent l'ensemble sur des économies liées à l'immigration et à la fraude. C'est ce dernier point qui concentre les critiques : l'Institut Montaigne ne retenait que 14 Md€ d'économies documentées face à 85 Md€ de dépenses et de baisses de prélèvements.
Supprimer les droits de succession en ligne directe pour les familles modestes et les classes moyennes
Exonérer de droits de mutation les héritages transmis aux enfants en dessous d'un certain niveau de patrimoine, mesure annoncée lors de la présentation du programme du 24 juin 2024.
Note : 35 sur 100. Techniquement simple, l'abattement existant de 100 000 € par enfant pouvant être relevé par une seule loi de finances ; mais le seuil séparant les classes moyennes des patrimoines élevés n'est pas fixé, et l'avantage ne bénéficie qu'aux ménages qui transmettent, dans un pays où la succession en ligne directe est déjà exonérée pour la grande majorité des héritiers. Source : LCP, présentation du programme du RN par Jordan Bardella (24 juin 2024).
Accorder une part fiscale pleine dès le deuxième enfant
Modifier le quotient familial pour que le deuxième enfant ouvre droit à une part entière et non à une demi-part, mesure de politique familiale du programme des législatives de 2024.
Note : 38 sur 100. Le véhicule est une simple ligne de loi de finances et l'instrument est éprouvé ; mais l'avantage du quotient familial croît avec le revenu jusqu'au plafonnement, si bien que le gain se concentre sur les foyers imposables, et aucun chiffrage n'accompagne l'annonce alors que le coût se compte en milliards d'euros. Source : LCP, présentation du programme du RN par Jordan Bardella (24 juin 2024).
Financer le programme par les économies sur l'immigration et la fraude
Les baisses d'impôts et les dépenses nouvelles seraient gagées sur la réduction du « coût de l'immigration », la lutte contre les fraudes sociale et fiscale, un audit des comptes publics et la suppression de niches fiscales.
Note : 20 sur 100. Les ordres de grandeur ne concordent pas : l'Institut Montaigne ne retenait que 14 Md€ d'économies, dont 8 Md€ au titre des mesures sur l'immigration, face à 85 Md€ de dépenses et de baisses d'impôts, et jugeait incertaine la faisabilité juridique et politique d'une part de ces économies ; le solde, 71 Md€ par an, resterait à la charge du déficit. Source : Institut Montaigne (think-tank libéral), chiffrage global des programmes des législatives de 2024.
Logement : Accession et restriction des achats non-résidents
Suppression de la taxe foncière pendant cinq ans pour les primo-accédants, simplification des permis de construire, gel des loyers en zone tendue et restriction des achats immobiliers par des investisseurs non-résidents. Ces orientations, que Jordan Bardella porte comme dirigeant du RN et non comme candidat, relèvent du volet pouvoir d'achat plus que d'une politique de production de logements.
Gel des loyers en zones tendues
Bloquer l'évolution des loyers dans les zones où le marché est le plus tendu, afin de protéger immédiatement le pouvoir d'achat des locataires.
Chiffrage : Pas de coût budgétaire direct ; le coût est transféré aux bailleurs.
Note de crédibilité : 49 sur 100. Précision de la mise en œuvre 17 sur 25, financement 20 sur 25, adossement au consensus économique 5 sur 25, précédents observés 7 sur 25.
Arguments favorables : L'effet sur les locataires en place est immédiat, certain, et ne coûte rien au budget de l'État. (Mécanique du contrôle des loyers) Dans un marché tendu, le rapport de force est structurellement favorable au bailleur : la régulation corrige une asymétrie réelle. (Économie du logement en marché contraint)
Objections : Le contrôle des loyers est l'un des rares sujets sur lesquels le consensus des économistes est quasi total : il réduit l'offre à moyen terme et dégrade l'entretien du parc. Une enquête de référence auprès d'économistes académiques trouve plus de 90 % d'avis négatifs. (IGM Forum, University of Chicago Booth, panel d'économistes (2012)) Le gel bénéficie aux locataires en place et pénalise les entrants : il réduit la rotation et donc la mobilité professionnelle, avec un effet inégalitaire entre insiders et outsiders. (Diamond, McQuade & Qian, « The Effects of Rent Control Expansion », American Economic Review (2019)) La mesure entre en tension directe avec l'objectif de construction affiché par ailleurs dans le programme : geler le rendement locatif réduit l'incitation à produire du logement neuf. (Contradiction interne au programme)
Précédent, San Francisco, extension du contrôle des loyers en 1994 : Extension du dispositif à un ensemble de petits immeubles, permettant une évaluation quasi expérimentale. Bénéfice réel pour les locataires en place, mais réduction d'environ 15 % de l'offre locative sur la zone concernée, les propriétaires convertissant ou revendant leurs biens. Effet net : hausse des loyers pour tous les autres. L'étude la plus rigoureuse sur le sujet : la mesure fait exactement ce qu'elle promet pour ses bénéficiaires directs, et l'inverse pour tous les autres.
Précédent, Berlin, Mietendeckel 2020-2021 : Gel puis plafonnement des loyers sur cinq ans. Chute d'environ 50 % des annonces sur le marché régulé en un an ; dispositif annulé par la Cour constitutionnelle allemande pour incompétence du Land. Précédent européen très récent et doublement défavorable : effet d'offre immédiat, et censure juridique.
Sources : Programme économique de Jordan Bardella, ÉlyséeScope
Exonérer les primo-accédants de taxe foncière pendant cinq ans
Dispenser de taxe foncière, pendant les cinq premières années, les ménages qui acquièrent leur premier logement, afin d'alléger le coût des premières annuités.
Note : 35 sur 100. L'instrument est administrable et une exonération temporaire existe déjà pour les constructions neuves ; mais la taxe foncière est une ressource des communes, dont la compensation n'est pas précisée, et un soutien supplémentaire à la demande dans les zones tendues alimente les prix si l'offre ne suit pas. Source : Programme du RN présenté par Jordan Bardella (2024).
Restreindre les achats immobiliers par des investisseurs non-résidents
Limiter l'acquisition de logements par des personnes ne résidant pas en France, afin de réduire la pression sur les prix dans les zones les plus disputées.
Note : 25 sur 100. La libre circulation des capitaux protégée par le traité européen vaut aussi à l'égard des pays tiers, ce qui rend une restriction générale très fragile juridiquement ; des dispositifs ciblés existent ailleurs, mais l'effet attendu est marginal en France, où les acquéreurs non-résidents représentent une faible part des transactions. Source : Programme du RN ; article 63 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne.
Immigration : Fermeture, priorité nationale et référendum
C'est l'axe central des positions que Jordan Bardella porte pour son camp : réduction drastique des flux, suppression de l'automaticité du droit du sol, priorité nationale pour les prestations et le logement, remplacement de l'aide médicale d'État par une aide d'urgence vitale, le tout soumis à un référendum sur la politique migratoire. L'argument du « coût de l'immigration » sert par ailleurs de principale source de financement affichée du programme économique, à hauteur de 8 Md€ par an selon le chiffrage de l'Institut Montaigne.
Supprimer l'automaticité du droit du sol
Mettre fin à l'acquisition de la nationalité française par la seule naissance et la résidence en France, en subordonnant l'accès à la nationalité des enfants d'étrangers nés sur le territoire à une démarche volontaire et à des conditions renforcées. Jordan Bardella en fait l'une des mesures majeures du référendum sur l'immigration qu'il propose de soumettre aux Français, position réaffirmée dans son discours de Menton du 7 mars 2026.
Chiffrage : Pas de coût budgétaire direct significatif : l'enjeu est juridique et constitutionnel. Les économies revendiquées au titre de l'immigration dans son ensemble sont chiffrées à 8 Md€ par an par l'Institut Montaigne, qui juge incertaine la faisabilité juridique et politique d'une partie d'entre elles.
Note de crédibilité : 44 sur 100. Précision de la mise en œuvre 14 sur 25, financement 16 sur 25, adossement au consensus économique 6 sur 25, précédents observés 8 sur 25.
Arguments favorables : La règle française n'a rien d'intangible : elle a déjà été durcie par les lois Pasqua de 1993, qui exigeaient une manifestation de volonté, avant rétablissement en 1998, ce qui montre qu'un législateur peut modifier ce régime. (Lois du 22 juillet 1993 et du 16 mars 1998 sur la nationalité) La plupart des États européens conditionnent déjà l'accès à la nationalité à la résidence régulière des parents : la France n'est pas isolée dans le principe d'un droit du sol conditionnel. (Comparaisons européennes des droits de la nationalité)
Objections : L'automaticité visée n'existe pas dans les termes employés : franceinfo rappelle que la nationalité n'est pas attribuée à la naissance mais à la majorité, sous condition de résidence en France, une demande étant possible dès 13 et 16 ans. Le débat porte donc sur un dispositif plus étroit que ce que la formule suggère. (franceinfo, « Vrai ou faux » sur l'automaticité du droit du sol (2024)) L'obstacle constitutionnel est identifié par les juristes : le professeur de droit Jules Lepoutre estime que le Conseil constitutionnel pourrait juger le droit du sol consubstantiel à la tradition républicaine française, ce qui imposerait une révision constitutionnelle et non une loi ordinaire. (LCP, « Le programme du RN en matière d'immigration à l'épreuve de la Constitution ») La voie référendaire choisie est elle-même contestée : la doctrine majoritaire considère que le champ de l'article 11 ne couvre pas la nationalité et l'immigration, et le Conseil constitutionnel a écarté en avril 2024, pour des motifs voisins, un référendum d'initiative partagée sur les prestations sociales des étrangers. (Conseil constitutionnel, décision RIP du 11 avril 2024 ; doctrine constitutionnelle) L'effet attendu sur les flux migratoires n'est pas établi : la mesure ne porte pas sur l'entrée sur le territoire mais sur l'accès à la nationalité de personnes déjà installées depuis l'enfance. (Distinction entre droit de la nationalité et droit des étrangers)
Précédent, France, Mayotte, depuis 2018 : Durcissement du droit du sol à Mayotte : la nationalité y suppose qu'un parent au moins ait résidé régulièrement en France depuis plus de trois mois à la naissance de l'enfant. Le Conseil constitutionnel a validé l'adaptation, mais en la fondant expressément sur les caractéristiques et contraintes particulières de Mayotte au titre de l'article 73 de la Constitution. Aucune baisse démontrée de la pression migratoire sur l'archipel depuis. Précédent français direct, mais à double tranchant : il prouve qu'une restriction est possible, tout en montrant que sa validation repose sur une exception territoriale non transposable à l'ensemble du pays.
Précédent, Irlande, référendum de 2004 : Vingt-septième amendement supprimant le droit du sol inconditionnel, le dernier du genre dans l'Union européenne, adopté par près de 80 % des votants. La nationalité irlandaise est depuis subordonnée à une condition de résidence des parents. La réforme est appliquée sans difficulté depuis vingt ans. Une restriction du droit du sol est juridiquement praticable en Europe, mais l'Irlande est passée par une révision constitutionnelle en bonne et due forme, ce qui conforte l'objection de procédure faite à la voie de l'article 11.
Sources : LCP : le programme du RN en matière d'immigration à l'épreuve de la Constitution · franceinfo, « Vrai ou faux » : l'automaticité du droit du sol existe-t-elle vraiment ? · Rassemblement national : discours de Jordan Bardella à Menton (7 mars 2026) · Public Sénat : les propositions du Rassemblement national sur l'immigration
Un référendum sur la politique migratoire dès le début du mandat
Soumettre aux Français, sur le fondement de l'article 11 de la Constitution, un texte inscrivant la priorité nationale et les restrictions migratoires dans la norme suprême, face à ce que Jordan Bardella décrit comme une « submersion migratoire en cours et à venir ».
Note : 20 sur 100. L'outil référendaire répond à un blocage réel, une partie des durcissements de la loi de 2024 ayant été censurée ; mais la doctrine majoritaire exclut l'immigration du champ de l'article 11, le président de la République décide seul de la convocation, et une constitutionnalisation n'éteindrait pas les obligations tirées du droit de l'Union et de la Convention européenne des droits de l'homme. Source : franceinfo, Jordan Bardella pousse l'idée d'un référendum sur l'immigration ; Constitution, article 11.
Remplacer l'aide médicale d'État par une aide d'urgence vitale
Substituer à l'AME, qui couvre les soins des étrangers en situation irrégulière, un fonds limité aux seules urgences vitales, mesure figurant dans la loi d'urgence sur l'immigration annoncée pour les premières semaines d'un gouvernement du RN.
Note : 32 sur 100. La mesure relève de la loi de finances et serait donc rapidement exécutable, mais l'économie est faible au regard du programme, 0,7 Md€ par an selon l'Institut Montaigne ; le rapport Évin-Stefanini commandé par le gouvernement conclut que l'AME est un dispositif utile et globalement maîtrisé, et le précédent espagnol de 2012-2018 a été abandonné après une hausse documentée de la mortalité des sans-papiers. Source : Institut Montaigne, chiffrage 2024 de la suppression de l'AME ; rapport Évin-Stefanini (2023).
Interdire aux binationaux l'accès aux emplois stratégiques de la défense et de la sécurité
Réserver aux seuls Français ne possédant pas d'autre nationalité certains postes jugés sensibles dans la défense et la sécurité, mesure annoncée lors de la présentation du programme de juin 2024.
Note : 18 sur 100. La mesure crée une catégorie de citoyens français de second rang, ce qui heurte frontalement le principe d'égalité devant l'accès aux emplois publics posé par l'article 6 de la Déclaration de 1789 ; des restrictions ciblées existent déjà par la voie des habilitations de sécurité, décidées au cas par cas et non selon un critère de nationalité seconde. Source : LCP, présentation du programme du RN par Jordan Bardella (24 juin 2024) ; jurisprudence constitutionnelle sur le principe d'égalité.
Retraites : Durée de cotisation plutôt qu'âge légal
C'est le point où Jordan Bardella diverge le plus ouvertement de la candidate de son camp. Le 12 mai 2026, dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, il déclarait « examiner » un relèvement possible de l'âge légal ; deux semaines plus tard, sur LCI, il affirmait que « l'âge de départ ne veut rien dire », privilégiant une logique de durée de cotisation. Marine Le Pen a maintenu le 13 mai sur RTL que le retour à 62 ans, et à 60 ans pour les carrières longues, « reste d'actualité ». Bardella n'étant pas candidat, c'est la ligne de Marine Le Pen qui engage le camp, le parti ayant annoncé des ajustements de son programme à l'automne 2026.
Fonder la retraite sur la durée de cotisation plutôt que sur l'âge légal
Substituer à la référence de l'âge légal de départ une logique fondée sur le nombre d'années cotisées, de sorte que ceux qui ont commencé tôt partent tôt, sans qu'un âge pivot unique soit fixé. L'entourage de Jordan Bardella présente cette approche comme rendant le système « beaucoup plus lisible, juste et financièrement soutenable ». C'est une inflexion par rapport au programme qu'il portait en 2024, qui combinait 60 ans pour les carrières longues et 62 ans pour les autres.
Chiffrage : Aucun chiffrage n'accompagne l'orientation, faute de paramètres publiés. Le point de comparaison est le coût de la ligne concurrente : l'Institut Montaigne (think-tank libéral) chiffrait en 2024 l'abrogation de la réforme de 2023 assortie d'un départ à 40 annuités pour ceux ayant commencé avant 20 ans à 34,7 Md€ par an, dans une fourchette de 31,5 à 44,7 Md€, dont 26,5 Md€ au titre du détricotage des réformes de 2003 à 2014.
Note de crédibilité : 45 sur 100. Précision de la mise en œuvre 8 sur 25, financement 12 sur 25, adossement au consensus économique 14 sur 25, précédents observés 11 sur 25.
Arguments favorables : La durée de cotisation est le levier que la France a le plus utilisé depuis 1993, et le Conseil d'orientation des retraites le documente comme un déterminant de l'équilibre au moins aussi puissant que l'âge légal. (Conseil d'orientation des retraites, rapports annuels) L'argument d'équité est réel : indexer le droit à partir sur les années effectivement cotisées avantage mécaniquement les carrières commencées tôt, c'est-à-dire les métiers manuels, dont l'espérance de vie est la plus courte. (INSEE, espérance de vie par catégorie socioprofessionnelle) Budgétairement, l'orientation est nettement plus soutenable que le retour à 60 ans, dont le coût annuel est chiffré en dizaines de milliards d'euros par les instituts indépendants. (Institut Montaigne, chiffrage 2024 de l'abrogation de la réforme des retraites)
Objections : Il ne s'agit pas d'une mesure mais d'une orientation : aucune durée cible, aucun âge minimal, aucun calendrier ni paramètre de décote n'a été rendu public, ce qui interdit toute évaluation de l'effet réel sur les assurés comme sur les comptes. (Absence de paramétrage publié) L'engagement n'est pas stabilisé au sein du RN : la position de Jordan Bardella contredit celle que Marine Le Pen a réaffirmée le 13 mai 2026, et le parti a renvoyé l'arbitrage à des « ajustements » de l'automne 2026. (Public Sénat, « Au RN, la réforme des retraites divise Jordan Bardella et Marine Le Pen » (2026)) Supprimer la référence à l'âge légal pénalise les carrières hachées et les entrées tardives dans l'emploi, en particulier les femmes et les diplômés du supérieur, qui atteindraient la durée requise plus tard : le gain d'équité pour les uns est un report pour les autres. (DREES, durées d'assurance validées par sexe et par niveau de diplôme) Jordan Bardella n'étant pas candidat, cette ligne n'a pas de portée programmatique directe : c'est celle de Marine Le Pen qui engage le camp en 2027, ce qui laisse le thème dans une ambiguïté durable. (LCP, « Le tandem Bardella-Le Pen affiche ses divergences »)
Précédent, Suède, réforme de 1994-1998 : Passage à un système de comptes notionnels sans âge légal unique : le montant de la pension dépend des cotisations accumulées et de l'espérance de vie de la génération, avec un simple âge minimal de liquidation. Soutenabilité financière nettement améliorée et âge effectif de départ repoussé ; en contrepartie, taux de remplacement plus faible pour les carrières courtes ou interrompues, et transfert du risque démographique vers les assurés. Le remplacement de l'âge légal par une logique contributive fonctionne et assainit les comptes, mais il déplace l'ajustement sur le niveau des pensions, ce que l'orientation esquissée ne dit pas.
Précédent, France, réforme Touraine de 2014 : Allongement progressif de la durée d'assurance requise jusqu'à 43 annuités pour la génération 1973, sans toucher à l'âge légal. Appliquée sans conflit social majeur, contrairement aux réformes d'âge de 2010 et de 2023, mais rendement financier très étalé dans le temps. Précédent français direct : le levier de la durée est éprouvé et politiquement moins explosif que l'âge, mais il produit ses effets lentement, ce qui ne répond pas au déficit de court terme du système.
Sources : Public Sénat : au RN, la réforme des retraites divise Jordan Bardella et Marine Le Pen · Institut Montaigne (think-tank libéral) : chiffrage de l'abrogation de la réforme des retraites et du départ à 40 annuités · LCP : le tandem Bardella-Le Pen affiche ses divergences
Le compromis de 2024 : 60 ans pour ceux qui ont commencé avant 20 ans, 62 ans pour les autres
Programme que Jordan Bardella portait comme candidat à Matignon en juin 2024 : abrogation de la réforme de 2023, départ à 60 ans après 40 annuités pour ceux ayant commencé à travailler avant 20 ans, âge légal ramené à 62 ans pour les autres avec une durée pouvant atteindre 42 annuités. L'abrogation avait toutefois été renvoyée « à un second temps » pendant la campagne, au nom de l'état des finances publiques.
Note : 25 sur 100. Le paramétrage est précis, ce qui a permis un chiffrage externe, mais celui-ci est massif : 34,7 Md€ par an selon l'Institut Montaigne, sans financement identifié ; l'engagement a de plus été suspendu par son auteur dès que la perspective du pouvoir s'est rapprochée, ce qui éclaire l'inflexion de 2026. Source : Institut Montaigne, chiffrage 2024 ; Public Sénat, programme du RN pour les législatives.
Écologie & énergie : Nucléaire, moratoire éolien, baisse des taxes sur l'énergie
Jordan Bardella aborde l'écologie exclusivement par l'énergie et par le prix : relance du nucléaire avec de nouveaux EPR et des petits réacteurs modulaires, moratoire sur toute nouvelle construction éolienne, dérogation aux règles européennes de fixation du prix de l'électricité et baisse de la TVA sur l'énergie. Il promet une baisse des factures de 30 à 40 %. Le climat est quasi absent de ces prises de parole, la baisse des émissions étant attendue du nucléaire plutôt que d'objectifs contraignants.
Moratoire sur l'éolien et relance du nucléaire
Décréter un moratoire sur toute nouvelle construction d'éoliennes, en renonçant au démantèlement des parcs existants qui figurait au programme de 2022, et concentrer l'effort sur la prolongation du parc nucléaire, la construction de nouveaux EPR et le développement de petits réacteurs modulaires, avec l'objectif affiché de refaire de la France un « paradis énergétique ». Jordan Bardella qualifie l'éolien et le solaire d'« énergies intermittentes » qui saccagent le système électrique français.
Chiffrage : Aucun chiffrage du volet nucléaire n'est fourni. La baisse de TVA sur l'énergie qui l'accompagne est évaluée à 11,3 Md€ par an par l'Institut Montaigne. Terra Nova (think-tank classé à gauche) relève que la promesse de baisse des factures de 30 à 40 % est arithmétiquement hors d'atteinte, les taxes et les coûts de réseau représentant environ deux tiers de la facture, donc hors du champ du prix de marché visé.
Note de crédibilité : 35 sur 100. Précision de la mise en œuvre 13 sur 25, financement 6 sur 25, adossement au consensus économique 7 sur 25, précédents observés 9 sur 25.
Arguments favorables : Le volet nucléaire est déjà engagé et largement consensuel au-delà du RN : prolongation du parc, loi d'accélération de 2023, six EPR2 décidés par l'État, ce qui donne à cette partie de l'orientation un ancrage réel. (Loi du 22 juin 2023 relative à l'accélération des procédures liées au nucléaire) Les critiques adressées à l'éolien terrestre sur l'acceptabilité locale et l'intermittence ne sont pas inventées : les contentieux et les refus de projets sont nombreux, et la question du stockage et de la flexibilité reste ouverte. (Contentieux administratifs sur les parcs éoliens ; débats sur la flexibilité du système électrique)
Objections : Le moratoire contredit tous les scénarios du gestionnaire du réseau : même les trajectoires les plus nucléarisées de RTE supposent un fort développement de l'éolien et du solaire d'ici 2050, les nouveaux réacteurs ne pouvant produire avant 2035-2040. (RTE, « Futurs énergétiques 2050 ») La promesse de baisse des factures de 30 à 40 % ne tient pas : Terra Nova rappelle que les taxes et les coûts de réseau forment environ deux tiers de la facture, si bien que réduire l'exposition au prix de marché ne peut pas produire un tel effet. (Terra Nova (think-tank classé à gauche), « Le paradis énergétique de Jordan Bardella ») Le financement du nouveau nucléaire n'est pas abordé, alors que le programme des six EPR2 déjà engagé se chiffre en dizaines de milliards d'euros portés par EDF, et que le précédent de Flamanville a été livré avec douze ans de retard pour un coût de construction multiplié par près de quatre. (Cour des comptes, rapports sur la filière EPR) L'orientation renforce la dépendance aux importations d'énergies fossiles, dont la facture a atteint environ 116 Md€ en 2022, et aucun instrument de sobriété ou de réduction des émissions n'accompagne le dispositif. (Terra Nova ; balance commerciale énergétique de la France)
Précédent, Espagne, moratoire sur les renouvelables 2012-2018 : Suspension des tarifs d'achat puis moratoire de fait sur les nouvelles installations éoliennes et solaires, avec effet rétroactif sur les contrats existants. Quasi-arrêt des installations pendant six ans, contentieux d'arbitrage international perdus par l'Espagne face à des investisseurs étrangers, puis reprise massive du déploiement après 2018, quand les coûts des renouvelables sont devenus les plus bas du mix. Un moratoire arrête effectivement le déploiement, mais il expose l'État à des contentieux coûteux et retarde l'accès à des capacités devenues, entre-temps, les moins chères à installer.
Précédent, Angleterre, blocage de l'éolien terrestre 2015-2024 : Règles de planification rendant quasi impossible l'autorisation de nouveaux parcs éoliens terrestres, l'opposition d'un seul riverain pouvant suffire à bloquer un projet. Effondrement des nouvelles capacités terrestres pendant près d'une décennie et report du développement vers l'éolien en mer, nettement plus coûteux ; les restrictions ont été assouplies en 2023 puis levées en 2024 sous la pression des prix de l'énergie. Le pays comparable qui a appliqué la politique la plus proche y a renoncé pour des raisons de prix et de sécurité d'approvisionnement, après avoir payé son électricité plus cher.
Sources : Terra Nova (think-tank classé à gauche) : « Le paradis énergétique de Jordan Bardella » · LCP : Jordan Bardella dévoile le programme du RN, moratoire éolien et relance du nucléaire · Institut Montaigne (think-tank libéral) : chiffrage de la TVA à 5,5 % sur l'énergie
Obtenir une dérogation aux règles européennes de fixation du prix de l'énergie
Négocier avec la Commission européenne la suspension des règles du marché de l'électricité, au moins en période de crise, pour indexer la facture française sur les coûts de production du parc nucléaire plutôt que sur le prix de marché. Position réaffirmée dans le discours de Menton du 7 mars 2026.
Note : 22 sur 100. Le problème identifié est réel et a été reconnu pendant la crise de 2021-2022, mais la voie choisie est la plus fragile : la France est fortement interconnectée et exportatrice, contrairement à la péninsule ibérique qui avait obtenu une dérogation temporaire au titre de son isolement électrique, et la réforme du marché européen adoptée en 2024 répond déjà partiellement au problème par les contrats de long terme. Source : Rassemblement national, discours de Menton (7 mars 2026) ; réforme du marché européen de l'électricité (2024).
Europe & institutions : Europe des nations et préférence communautaire
Député européen depuis 2019, Jordan Bardella défend le maintien dans l'Union et dans l'euro, mais une renégociation de l'intérieur : il a proposé en juin 2026 de diviser par deux la contribution française au budget de l'UE, réclame une préférence européenne dans la commande publique, une exception agricole soustrayant l'agriculture aux accords de libre-échange et le refus de tout nouveau transfert de souveraineté. Il s'est opposé à l'accord UE-Mercosur et au prêt européen de 90 Md€ à l'Ukraine.
Diviser par deux la contribution française au budget de l'Union européenne
Jordan Bardella a annoncé en juin 2026 vouloir négocier directement avec la Commission une réduction de moitié de la contribution française, en visant prioritairement les dépenses de fonctionnement des institutions. Il défendait auparavant un objectif nettement plus modeste, estimant que la France pouvait « raisonnablement dégager deux à trois milliards d'euros ».
Note : 18 sur 100. Le cadre financier pluriannuel est adopté à l'unanimité et la contribution découle des traités : un refus unilatéral de payer serait une rupture juridique caractérisée. Public Sénat relève la contradiction interne, une baisse de la contribution réduisant mécaniquement les retours, notamment agricoles, que le RN promet de sanctuariser ; l'écart entre l'objectif de 2 à 3 Md€ et une division par deux souligne l'instabilité du chiffrage. Source : Public Sénat, « Diminuer la part française au budget de l'Union, la promesse incertaine du Rassemblement national ».
Refuser l'accord UE-Mercosur et instaurer une exception agricole
Soustraire l'agriculture à la logique des accords de libre-échange et interdire l'importation de produits ne respectant pas les normes françaises, en rendant les distributeurs directement responsables des produits non conformes qu'ils commercialisent. Jordan Bardella estime que « le pronostic vital de l'agriculture française est aujourd'hui engagé ».
Note : 32 sur 100. Le diagnostic des distorsions de concurrence est largement partagé, y compris par le monde agricole et par des gouvernements successifs, et les clauses miroirs progressent dans le droit européen ; mais la politique commerciale est une compétence exclusive de l'Union, où la France ne peut bloquer seule un accord, et une interdiction générale d'importation se heurterait aux règles de l'OMC. Source : franceinfo, déclarations de Jordan Bardella sur l'accord UE-Mercosur ; LCP, plan « manger français » du programme de 2024.
Réserver la libre circulation dans Schengen aux seuls citoyens européens
Instaurer une « double frontière » en rétablissant des contrôles pour les ressortissants extra-européens circulant dans l'espace Schengen, tout en maintenant la libre circulation des Européens.
Note : 25 sur 100. Le code frontières Schengen autorise déjà le rétablissement temporaire de contrôles aux frontières intérieures, largement utilisé par la France depuis 2015, ce qui donne une base juridique partielle ; mais un contrôle permanent fondé sur la nationalité supposerait de réviser ce code, dont l'objet même est d'exclure les vérifications systématiques aux frontières intérieures. Source : Public Sénat, les propositions du Rassemblement national sur l'immigration ; code frontières Schengen.
Sécurité & justice : Fermeté pénale et tolérance zéro
Jordan Bardella revendique de faire de la France « le pays le plus répressif d'Europe » en matière de délinquance : rétablissement des peines planchers, suppression des remises de peine automatiques, construction de places de prison, armement des polices municipales et expulsion systématique des délinquants étrangers. Le RN a déposé à l'Assemblée nationale une proposition de loi instaurant des peines minimales pour les infractions liées au narcotrafic et pour celles commises contre des dépositaires de l'autorité publique.
Rétablir les peines planchers et supprimer les remises de peine automatiques
Réintroduire des peines minimales dont le juge ne pourrait s'écarter qu'à titre exceptionnel, en visant en particulier le narcotrafic et les violences contre les dépositaires de l'autorité publique. Jordan Bardella a confirmé le dépôt d'une proposition de loi en ce sens et réaffirmé la mesure dans son discours de Menton du 7 mars 2026.
Note : 30 sur 100. Le véhicule juridique est éprouvé, les peines planchers ayant existé en droit français de 2007 à 2014 et été jugées conformes à la Constitution ; mais leur bilan est faible, les juridictions les ayant écartées dans environ un cas sur deux sans effet démontré sur la récidive, la recherche criminologique converge sur la primauté de la certitude de la sanction plutôt que de sa sévérité, et la surpopulation carcérale française atteint déjà des niveaux record. Source : Vie-publique.fr, loi du 10 août 2007 renforçant la lutte contre la récidive ; discours de Menton (2026).
Suspendre les allocations familiales des parents de mineurs récidivistes
Conditionner le versement des prestations familiales au comportement des enfants, en suspendant les allocations des parents de mineurs délinquants récidivistes ou gravement perturbateurs à l'école, mesure annoncée dans le programme de juin 2024.
Note : 22 sur 100. Un dispositif comparable a existé en France, la suspension des allocations pour absentéisme scolaire instaurée en 2010 puis abrogée en 2013 faute d'effet mesuré sur l'assiduité ; il pénalise l'ensemble d'une fratrie pour les actes d'un seul de ses membres, ce qui pose une question de personnalité des peines, et frappe d'abord les familles dont les ressources dépendent le plus de ces prestations. Source : LCP, présentation du programme du RN (24 juin 2024) ; loi du 28 septembre 2010, abrogée en 2013.
Éducation & école : Autorité et orientation précoce
Le 24 juin 2024, Jordan Bardella a détaillé un « big bang de l'autorité » à l'école, qu'il veut ériger en « asile inviolable » : interdiction des téléphones portables dans tous les établissements, lycées compris, vouvoiement obligatoire des enseignants, poursuite de l'expérimentation de l'uniforme, sanctions planchers en conseil de discipline et centres spécialisés pour les élèves perturbateurs ou harceleurs. Il reprend par ailleurs la fin du collège unique au profit d'un collège modulaire, avec orientation possible dès la quatrième. Ces positions restent celles d'un dirigeant de parti et non d'un candidat.
Un « big bang de l'autorité » à l'école
Ensemble de mesures disciplinaires annoncées le 24 juin 2024 : téléphones portables interdits dans tous les établissements, vouvoiement des professeurs rendu obligatoire, uniforme, protection fonctionnelle des personnels agressés et sanctions minimales en conseil de discipline.
Note : 40 sur 100. L'essentiel relève du pouvoir réglementaire ou du règlement intérieur des établissements, donc exécutable vite et sans coût majeur, et la protection fonctionnelle des personnels fait consensus ; en revanche l'effet de ces mesures sur les apprentissages n'est pas documenté, l'expérimentation française de l'uniforme lancée en 2024 n'ayant pas encore produit d'évaluation, et l'interdiction du portable était déjà en vigueur au collège depuis 2018. Source : Public Sénat, « Jordan Bardella promet un big bang de l'autorité à l'école » (24 juin 2024).
Remplacer le collège unique par un collège modulaire
Différencier les parcours au collège selon le niveau et le projet de l'élève, avec une orientation possible dès la quatrième vers l'apprentissage, la voie générale ou la voie professionnelle.
Note : 28 sur 100. Des systèmes à orientation précoce existent en Europe et le constat des difficultés du collège français est partagé ; mais les comparaisons internationales de PISA montrent que l'orientation précoce renforce le poids de l'origine sociale dans le destin scolaire quand aucun mécanisme de retour n'est prévu, et le contenu opérationnel du collège modulaire n'a pas été détaillé au-delà du principe. Source : Public Sénat, présentation du programme éducatif du RN (2024) ; comparaisons internationales PISA.
Créer des centres spécialisés pour les élèves perturbateurs et harceleurs
Sortir des établissements ordinaires les élèves les plus perturbateurs ou auteurs de harcèlement, en les affectant à des structures dédiées.
Note : 28 sur 100. Des dispositifs relais existent en France depuis 1998 et le besoin est reconnu par les personnels, ce qui rend l'orientation réaliste dans son principe ; mais aucun volume, budget ni encadrement n'est chiffré, et la littérature sur les structures de mise à l'écart montre un risque de renforcement des trajectoires de décrochage quand le retour en milieu ordinaire n'est pas organisé. Source : Public Sénat, présentation du programme éducatif du RN (2024) ; dispositifs relais de l'Éducation nationale.
Défense & politique étrangère : Souverainisme stratégique et service national
Jordan Bardella défend le rétablissement d'un service national militaire obligatoire, position portée par le RN depuis 2018 et qu'il a réaffirmée en 2025 comme un levier de restauration du civisme. Sur la scène européenne, où il siège comme député depuis 2019, il refuse toute mutualisation de la dissuasion nucléaire et du siège français au Conseil de sécurité, s'oppose à l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN comme à l'Union, et a fait voter contre le prêt européen de 90 Md€ à l'Ukraine, tout en reconnaissant la Russie comme l'agresseur.
Rétablir un service national militaire obligatoire de trois mois
Le RN défend, depuis un communiqué signé par Jordan Bardella en février 2018, un service national militaire et obligatoire de trois mois, associant formation militaire et civique et ouvrant droit à des avantages comme le permis de conduire gratuit. Il l'a réaffirmé en 2025 comme un instrument de restauration du civisme.
Note : 28 sur 100. Le rétablissement est juridiquement possible, le service national ayant été suspendu et non supprimé en 1997, et plusieurs pays européens y sont revenus ; mais l'obstacle est matériel et budgétaire, une classe d'âge représentant environ 750 000 jeunes que les armées n'ont aujourd'hui ni les cadres ni les infrastructures pour encadrer, et le coût n'est pas chiffré alors que le Service national universel, très inférieur en ambition, n'a jamais atteint la généralisation. Source : Rassemblement national, communiqué « Service obligatoire : l'indispensable retour d'un pilier pour la cohésion nationale » (14 février 2018).
Refuser tout partage de la dissuasion nucléaire et du siège au Conseil de sécurité
Écarter toute mutualisation européenne du parapluie nucléaire français et toute européanisation du siège permanent de la France au Conseil de sécurité des Nations unies, en refusant parallèlement une armée européenne intégrée.
Note : 48 sur 100. La position est juridiquement solide et sans coût : ces deux attributs relèvent de la souveraineté nationale, aucun traité n'obligeant la France à les partager, et le refus d'une armée européenne intégrée est partagé bien au-delà du RN ; son prix est diplomatique, dans un contexte où le débat sur une dissuasion élargie a été ouvert par l'exécutif français lui-même. Source : Déclarations de Jordan Bardella comme président du groupe Patriotes pour l'Europe (2025-2026).
Un soutien à l'Ukraine borné, sans adhésion à l'OTAN ni à l'Union
Jordan Bardella reconnaît la Russie comme l'agresseur et l'Ukraine comme un État allié dont la souveraineté territoriale est violée, mais s'oppose à son adhésion à l'OTAN et à l'Union européenne, et a fait voter le RN contre le prêt européen de 90 Md€ à Kiev, jugé trop favorable aux achats hors d'Europe et mal calibré au regard des négociations en cours.
Note : 30 sur 100. La position est cohérente et l'objection sur le contenu européen des achats d'armement rejoint un débat réel au sein de l'Union ; mais elle laisse sans réponse la question du financement de l'effort qu'elle refuse, et un veto français à l'élargissement supposerait d'assumer une rupture avec la position commune des Vingt-Sept, arrêtée à l'unanimité. Source : Public Sénat, déclarations de Jordan Bardella sur l'aide à l'Ukraine ; votes du groupe Patriotes pour l'Europe.