Proposition de Jordan Bardella (RN) · Économie & finances publiques

Ramener la TVA de 20 à 5,5 % sur les carburants et l'énergie

Abaisser le taux de TVA de 20 à 5,5 % sur les carburants, l'électricité, le gaz naturel et le fioul domestique. Jordan Bardella présentait cette baisse comme la première mesure d'un gouvernement qu'il aurait dirigé, applicable « dès les premières semaines », et comme le cœur de son volet pouvoir d'achat.

Chiffrage : L'Institut Montaigne (think-tank libéral) chiffre la mesure à 11,3 Md€ par an, dans une fourchette de 9 à 13,6 Md€, l'assiette taxée à 20 % rapportant environ 15,6 Md€ de recettes annuelles. Le RN retenait de son côté 7 Md€ pour la fin de l'année 2024 et « un peu plus de 12 Md€ » en année pleine ; la Fondation iFRAP (think-tank libéral) allait jusqu'à 16,7 Md€.

Pourquoi cette proposition obtient 45 sur 100

La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.

Précision : 18 sur 25

La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?

C'est la mesure la mieux définie du lot : taux, assiette et calendrier sont donnés, 20 à 5,5 % sur les carburants, l'électricité, le gaz et le fioul domestique, applicable « dès les premières semaines » par une loi de finances. La réserve porte sur une partie de l'assiette : le taux réduit sur les carburants routiers n'est pas autorisé par la directive TVA et supposerait une révision européenne que la mesure ne décrit pas.

Financement : 7 sur 25

Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?

Le coût est connu mais large : 11,3 Md€ par an pour l'Institut Montaigne, dans une fourchette de 9 à 13,6 Md€, un peu plus de 12 Md€ en année pleine pour le RN, jusqu'à 16,7 Md€ pour la Fondation iFRAP. Surtout, aucune recette n'est affectée : le gage repose sur des économies liées à l'immigration et à la contribution européenne que les chiffrages indépendants évaluent très en deçà.

Appui économique : 8 sur 25

La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?

L'objection converge entre évaluateurs d'orientations différentes : la mesure est mal ciblée, le gain croissant avec la consommation d'énergie, donc avec la taille du logement et le kilométrage. S'y ajoutent l'affaiblissement du signal-prix sur les énergies fossiles sans instrument de substitution, et le fait qu'une partie du coût vienne de la consommation induite.

Précédents : 12 sur 25

Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?

Les précédents montrent que l'instrument fonctionne vite : les baisses de TVA sur l'énergie en Espagne, en Belgique et en Italie ont eu un effet immédiat sur les prix, comme les boucliers tarifaires français. Ils montrent aussi la limite : coût élevé, absence de ciblage, recommandation de la Commission et du FMI de leur substituer des aides ciblées, et suppression dès la détente des prix, alors que la mesure proposée est permanente.

Ce qui plaide pour

La TVA est un impôt régressif et l'énergie pèse davantage dans le budget des ménages modestes : la baisse touche mécaniquement un poste de dépense contraint, sans démarche à accomplir. (INSEE, structure de consommation des ménages par décile)

Le véhicule juridique est simple pour l'électricité, le gaz et le fioul : une loi de finances suffit, sans administration nouvelle ni négociation préalable, ce qui rend le calendrier annoncé plausible sur ce périmètre. (Directive (UE) 2022/542, qui autorise les taux réduits sur ces énergies)

Ce qui plaide contre

Le taux réduit sur les carburants se heurte au droit européen : la directive TVA ne range pas les carburants routiers parmi les biens éligibles au taux réduit, et l'Institut Montaigne identifie sur ce point un obstacle nécessitant une révision européenne difficile à obtenir. (Institut Montaigne, chiffrage de la mesure (2024) ; directive TVA 2006/112/CE révisée)

La mesure est mal ciblée : le gain croît avec la consommation d'énergie, donc avec la taille du logement et le kilométrage, ce qui profite en montant absolu davantage aux ménages aisés qu'aux plus modestes. (Fondation Jean-Jaurès (think-tank classé à gauche), analyse de la baisse de TVA sur l'énergie)

Elle affaiblit le signal-prix sur les énergies fossiles alors qu'aucun instrument de substitution n'est prévu, et l'Institut Montaigne relève qu'une partie du coût viendrait précisément de la hausse de consommation induite. (Conseil des prélèvements obligatoires ; Institut Montaigne)

Aucun financement propre n'est identifié : la baisse est gagée sur des économies liées à l'immigration et sur la contribution européenne, deux postes que les chiffrages indépendants évaluent très en deçà des montants annoncés. (Institut Montaigne, chiffrage global des programmes des législatives de 2024)

Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée

Espagne, Belgique, Italie, 2021-2023

Ce qui a été fait. Baisses temporaires de TVA sur l'électricité et le gaz pendant la crise des prix de l'énergie.

Ce qui s'est passé. Effet immédiat et mesurable sur les prix à la consommation, mais coût budgétaire élevé et mesures jugées mal ciblées par la Commission européenne et le FMI, qui ont recommandé de leur substituer des aides ciblées ; la plupart ont été supprimées dès la détente des prix.

Ce que ça dit de la mesure. La mesure fonctionne techniquement et vite, ce qui n'est pas contesté ; sa faiblesse est le ciblage et l'absence de financement, d'autant plus problématique quand elle est présentée comme permanente et non comme une réponse de crise.

Ce précédent donne un résultat ambigu.

France, boucliers tarifaires 2021-2024

Ce qui a été fait. Blocage puis plafonnement des tarifs réglementés du gaz et de l'électricité, complétés par des remises à la pompe.

Ce qui s'est passé. Inflation énergétique nettement contenue par rapport à celle des voisins européens, au prix de plusieurs dizaines de milliards d'euros de dépenses publiques sur trois ans selon la Cour des comptes, et sans aucun ciblage sur les revenus.

Ce que ça dit de la mesure. Précédent français direct : l'État sait faire baisser la facture par un instrument fiscal général, mais l'expérience récente montre que le coût budgétaire est du même ordre que le gain distribué, et qu'il faut ensuite en sortir.

Ce précédent donne un résultat ambigu.

Ce que la proposition ne dit pas

Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.

Comment le taux réduit s'applique-t-il aux carburants, que la directive TVA n'autorise pas, et dans quel délai une révision européenne serait-elle obtenue ?

Quelles recettes financent les 11 à 13 Md€ annuels, une fois écartés les gages contestés par les chiffrages indépendants ?

Quel instrument prend le relais du signal-prix sur les énergies fossiles, que la baisse affaiblit ?

La baisse est-elle répercutée intégralement par les fournisseurs et les distributeurs, et qui le vérifie ?

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Les sources