Proposition de Jordan Bardella (RN) · Écologie & énergie

Moratoire sur l'éolien et relance du nucléaire

Décréter un moratoire sur toute nouvelle construction d'éoliennes, en renonçant au démantèlement des parcs existants qui figurait au programme de 2022, et concentrer l'effort sur la prolongation du parc nucléaire, la construction de nouveaux EPR et le développement de petits réacteurs modulaires, avec l'objectif affiché de refaire de la France un « paradis énergétique ». Jordan Bardella qualifie l'éolien et le solaire d'« énergies intermittentes » qui saccagent le système électrique français.

Chiffrage : Aucun chiffrage du volet nucléaire n'est fourni. La baisse de TVA sur l'énergie qui l'accompagne est évaluée à 11,3 Md€ par an par l'Institut Montaigne. Terra Nova (think-tank classé à gauche) relève que la promesse de baisse des factures de 30 à 40 % est arithmétiquement hors d'atteinte, les taxes et les coûts de réseau représentant environ deux tiers de la facture, donc hors du champ du prix de marché visé.

Pourquoi cette proposition obtient 35 sur 100

La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.

Précision : 13 sur 25

La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?

Deux éléments sont nets : le moratoire porte sur toute nouvelle construction éolienne, et les parcs existants ne sont pas démantelés, ce qui corrige la position de 2022. Le volet nucléaire l'est beaucoup moins : nombre de réacteurs, calendrier, sites et rôle des petits réacteurs modulaires ne sont pas précisés, pas plus que le véhicule juridique du moratoire.

Financement : 6 sur 25

Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?

Aucun chiffrage du volet nucléaire n'est fourni, alors que les six EPR 2 déjà engagés se comptent en dizaines de milliards d'euros portés par EDF. La baisse de TVA qui accompagne l'orientation est évaluée à 11,3 Md€ par an sans recette en face, et Terra Nova relève que la promesse de baisse des factures de 30 à 40 % est arithmétiquement hors d'atteinte, taxes et coûts de réseau formant environ deux tiers de la facture.

Appui économique : 7 sur 25

La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?

Le moratoire contredit l'ensemble des scénarios du gestionnaire du réseau : même les trajectoires les plus nucléarisées de RTE supposent un fort développement de l'éolien et du solaire, les nouveaux réacteurs ne pouvant produire avant 2035-2040. La partie nucléaire est en revanche largement consensuelle, ce qui empêche la note de tomber plus bas.

Précédents : 9 sur 25

Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?

Les deux pays qui ont appliqué une politique proche y ont renoncé. L'Espagne a quasiment arrêté les installations de 2012 à 2018, perdu des contentieux d'arbitrage face à des investisseurs étrangers, puis massivement redéployé après 2018. L'Angleterre a bloqué l'éolien terrestre de 2015 à 2024, s'est reportée sur l'éolien en mer, plus coûteux, avant de lever les restrictions sous la pression des prix.

Ce qui plaide pour

Le volet nucléaire est déjà engagé et largement consensuel au-delà du RN : prolongation du parc, loi d'accélération de 2023, six EPR2 décidés par l'État, ce qui donne à cette partie de l'orientation un ancrage réel. (Loi du 22 juin 2023 relative à l'accélération des procédures liées au nucléaire)

Les critiques adressées à l'éolien terrestre sur l'acceptabilité locale et l'intermittence ne sont pas inventées : les contentieux et les refus de projets sont nombreux, et la question du stockage et de la flexibilité reste ouverte. (Contentieux administratifs sur les parcs éoliens ; débats sur la flexibilité du système électrique)

Ce qui plaide contre

Le moratoire contredit tous les scénarios du gestionnaire du réseau : même les trajectoires les plus nucléarisées de RTE supposent un fort développement de l'éolien et du solaire d'ici 2050, les nouveaux réacteurs ne pouvant produire avant 2035-2040. (RTE, « Futurs énergétiques 2050 »)

La promesse de baisse des factures de 30 à 40 % ne tient pas : Terra Nova rappelle que les taxes et les coûts de réseau forment environ deux tiers de la facture, si bien que réduire l'exposition au prix de marché ne peut pas produire un tel effet. (Terra Nova (think-tank classé à gauche), « Le paradis énergétique de Jordan Bardella »)

Le financement du nouveau nucléaire n'est pas abordé, alors que le programme des six EPR2 déjà engagé se chiffre en dizaines de milliards d'euros portés par EDF, et que le précédent de Flamanville a été livré avec douze ans de retard pour un coût de construction multiplié par près de quatre. (Cour des comptes, rapports sur la filière EPR)

L'orientation renforce la dépendance aux importations d'énergies fossiles, dont la facture a atteint environ 116 Md€ en 2022, et aucun instrument de sobriété ou de réduction des émissions n'accompagne le dispositif. (Terra Nova ; balance commerciale énergétique de la France)

Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée

Espagne, moratoire sur les renouvelables 2012-2018

Ce qui a été fait. Suspension des tarifs d'achat puis moratoire de fait sur les nouvelles installations éoliennes et solaires, avec effet rétroactif sur les contrats existants.

Ce qui s'est passé. Quasi-arrêt des installations pendant six ans, contentieux d'arbitrage international perdus par l'Espagne face à des investisseurs étrangers, puis reprise massive du déploiement après 2018, quand les coûts des renouvelables sont devenus les plus bas du mix.

Ce que ça dit de la mesure. Un moratoire arrête effectivement le déploiement, mais il expose l'État à des contentieux coûteux et retarde l'accès à des capacités devenues, entre-temps, les moins chères à installer.

Ce précédent la fragilise.

Angleterre, blocage de l'éolien terrestre 2015-2024

Ce qui a été fait. Règles de planification rendant quasi impossible l'autorisation de nouveaux parcs éoliens terrestres, l'opposition d'un seul riverain pouvant suffire à bloquer un projet.

Ce qui s'est passé. Effondrement des nouvelles capacités terrestres pendant près d'une décennie et report du développement vers l'éolien en mer, nettement plus coûteux ; les restrictions ont été assouplies en 2023 puis levées en 2024 sous la pression des prix de l'énergie.

Ce que ça dit de la mesure. Le pays comparable qui a appliqué la politique la plus proche y a renoncé pour des raisons de prix et de sécurité d'approvisionnement, après avoir payé son électricité plus cher.

Ce précédent la fragilise.

Ce que la proposition ne dit pas

Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.

Combien de temps dure le moratoire, et à quelle condition est-il levé ?

Quelles capacités produisent l'électricité entre 2027 et la mise en service des nouveaux réacteurs, attendue au mieux vers 2035-2040 ?

Comment sont financés les nouveaux EPR et les petits réacteurs modulaires, et qui porte le risque de dérive des coûts ?

Sur quelle base la baisse des factures de 30 à 40 % est-elle calculée, alors que taxes et coûts de réseau représentent environ deux tiers de la facture ?

Pour comprendre le fond du sujet

Le nucléaire

Relancer l'atome : nécessité climatique ou pari industriel risqué ?

La France tire environ deux tiers de son électricité de 56 réacteurs, héritage du plan Messmer (1974). Après des décennies de gel, la relance est actée — 6 à 14 EPR2 selon les scénarios, jusqu'à 20 pour certains programmes. Le débat 2027 oppose relance accélérée, mix équilibré avec les renouvelables, et sortie progressive.

Les sources