Économie & finances publiques : Règle d'or budgétaire et discipline de la dette
La dette publique est le fil directeur : retour du déficit sous 3 % du PIB d'ici 2030, inscription d'une règle d'or budgétaire dans la Constitution, et des « efforts justes et partagés, étalés dans le temps » annoncés au meeting de lancement de l'Adidas Arena (5 juillet 2026) : retraités mis à contribution, actifs travaillant plus longtemps, État qui « se serre la ceinture ». La méthode est aussi affichée que le fond : dissolution de l'Assemblée après l'élection, puis référendums, dont un sur la règle d'or. À l'été 2026, aucun programme intégralement chiffré n'a été publié ; le candidat l'égrène par étapes.
Constitutionnaliser une règle d'or budgétaire
Inscrire dans la Constitution une limite aux déficits publics, afin de contraindre les majorités successives et de rendre crédible la trajectoire de désendettement auprès des marchés et des partenaires européens. Depuis l'annonce de sa méthode à Lille en mars 2026, le candidat précise le véhicule : la règle d'or serait soumise aux Français par référendum en début de quinquennat, plutôt que négociée avec un Congrès aux trois cinquièmes introuvables.
Chiffrage : Pas de coût direct. L'enjeu est l'ampleur de l'ajustement que la règle imposerait : de l'ordre de 100 Md€ pour revenir à l'équilibre structurel.
Note de crédibilité : 59 sur 100. Précision de la mise en œuvre 16 sur 25, financement 15 sur 25, adossement au consensus économique 13 sur 25, précédents observés 15 sur 25.
Arguments favorables : Une règle constitutionnelle est le seul engagement qu'une majorité ne peut pas défaire par une simple loi de finances : c'est un mécanisme d'engagement crédible au sens de la théorie économique. (Kydland & Prescott, « Rules Rather than Discretion » (1977), prix Nobel 2004) Les pays dotés de règles budgétaires contraignantes affichent en moyenne des déficits plus faibles, à niveau de développement comparable. (FMI, base de données sur les règles budgétaires) Le sujet est concret : la charge de la dette est devenue l'un des tout premiers postes du budget de l'État, devant plusieurs ministères. (Loi de finances, charge de la dette)
Objections : Une règle rigide est procyclique : elle contraint l'État à couper la dépense au pire moment, quand la récession fait chuter les recettes. C'est le reproche central adressé au Pacte de stabilité. (Critique standard des règles budgétaires numériques) La France a déjà signé le TSCG en 2012 et inscrit une règle dans une loi organique. Elle ne l'a jamais respectée : le problème est l'application, pas le niveau de la norme. (Haut Conseil des finances publiques, avis successifs) La voie référendaire elle-même est incertaine : l'article 89 exige un vote préalable des deux assemblées en termes identiques, et l'usage de l'article 11 pour réviser la Constitution est constitutionnellement contesté depuis 1962. (Constitution, articles 11 et 89 ; précédents de 1962 et 1969)
Précédent, Allemagne, Schuldenbremse (2009-2024) : Frein à l'endettement inscrit dans la Loi fondamentale, plafonnant le déficit structurel à 0,35 % du PIB. Discipline budgétaire réelle et dette ramenée sous 60 % du PIB : mais sous-investissement public documenté (ponts, rail, numérique), et assouplissement voté en 2025 pour la défense et les infrastructures. Le précédent le plus direct, et il coupe dans les deux sens : la règle tient, et son coût apparaît quinze ans plus tard sous forme d'infrastructures dégradées.
Précédent, Suisse, frein à l'endettement (2003-) : Règle constitutionnelle d'équilibre sur le cycle, avec compte de compensation, adoptée par votation populaire à 85 % en 2001. Réduction continue de la dette, sans épisode récessif attribuable à la règle. Une règle conçue pour être ajustée sur le cycle, plutôt qu'annuelle, évite l'essentiel du reproche de procyclicité ; et le précédent suisse montre qu'un référendum peut la légitimer durablement.
Sources : Le programme d'Édouard Philippe pour 2027 · Édouard Philippe, programme et positions · Programme présidentiel et méthode, ÉlyséeScope
Dissoudre l'Assemblée, puis gouverner par référendums et ordonnances
Annoncée à Lille en mars 2026 : dissolution de l'Assemblée nationale dès l'élection, législatives en juin, puis référendums sur la capitalisation des retraites, sur la règle d'or budgétaire et sur une habilitation du gouvernement à légiférer par ordonnances en santé, éducation et justice.
Note : 30 sur 100. La dissolution et le référendum sont des pouvoirs propres du président, mais une habilitation à légiférer par ordonnances votée par référendum serait juridiquement inédite : l'article 38 réserve l'habilitation au Parlement, et le recours à l'article 11 pour la contourner est contesté par une large partie de la doctrine. Source : Programme présidentiel et méthode, ÉlyséeScope (annonce de Lille, mars 2026).
Des efforts « justes et partagés, étalés dans le temps »
Répartir l'ajustement budgétaire entre tous : les retraités appelés à contribuer davantage, les actifs à travailler plus longtemps, l'État à réduire son train de vie, sans hausse d'impôts sur les entreprises ni sur les classes modestes.
Note : 35 sur 100. Le cap est cohérent avec la ligne budgétaire du candidat et assumé publiquement, ce qui est rare sur un sujet impopulaire ; mais ni le montant global de l'effort, ni sa répartition précise, ni le calendrier ne sont chiffrés à l'été 2026. Source : Meeting de l'Adidas Arena, 5 juillet 2026, edouardphilippe.fr.