Proposition de Édouard Philippe (HOR) · Écologie & énergie
Poursuivre six EPR 2 et étudier huit réacteurs supplémentaires
Poursuivre la programmation pluriannuelle de l'énergie engagée : construction de six nouveaux réacteurs EPR 2 et étude de huit réacteurs supplémentaires, position présentée au nom du candidat par Christophe Béchu lors du premier débat des candidats sur l'énergie, au colloque de l'Union française de l'électricité le 23 juin 2026. Le nucléaire y est défendu comme pilier d'une électricité abondante et décarbonée, combiné au développement des renouvelables, dans le cadre d'une « écologie à impact » sans culpabilisation.
Chiffrage : Aucun chiffrage propre au candidat : il s'agit de la continuité du programme engagé. Le programme de six EPR 2 était estimé par EDF à environ 52 Md€ en 2021, réévalué à environ 67 Md€ en 2024 (estimations publiques rapportées par la presse économique) ; le plan de financement État-EDF n'est pas définitivement arbitré.
Pourquoi cette proposition obtient 53 sur 100
La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.
Précision : 15 sur 25
La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?
Le contenu est précis parce qu'il reprend un programme déjà engagé : six EPR 2 et étude de huit réacteurs supplémentaires, avec un calendrier industriel existant. La mesure n'apporte en revanche aucune décision propre au candidat, ni sur le rythme, ni sur les sites, ni sur l'organisation de la filière.
Financement : 10 sur 25
Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?
Aucun chiffrage propre n'est fourni. Les estimations publiques disponibles pour les six EPR 2 sont passées d'environ 52 Md€ en 2021 à environ 67 Md€ en 2024, et le plan de financement entre l'État, EDF et les consommateurs n'était pas arbitré à l'été 2026, alors qu'EDF est déjà lourdement endettée.
Appui économique : 16 sur 25
La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?
Les scénarios de RTE qui minimisent le coût du système électrique incluent tous du nucléaire nouveau, ce qui donne à l'orientation une assise solide. La réserve porte sur le calendrier : les premiers EPR 2 ne produiront pas avant la fin des années 2030, si bien que la mesure n'agit ni sur les prix ni sur la sécurité d'approvisionnement du prochain quinquennat.
Précédents : 12 sur 25
Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?
Les deux précédents s'opposent frontalement. Flamanville 3 a démarré avec environ douze ans de retard, pour un coût complet estimé à 19,1 Md€ par la Cour des comptes contre 3,3 Md€ annoncés au départ. Barakah montre à l'inverse qu'un design répété tient les délais et les coûts, mais avec une filière déjà rodée, ce que la France doit encore reconstituer.
Ce qui plaide pour
C'est la poursuite d'un programme déjà lancé (discours de Belfort en 2022, premiers travaux préparatoires à Penly) : la mesure ne demande ni rupture ni nouvelle décision de principe, seulement la continuité. (Programme nucléaire engagé depuis 2022, EDF et pouvoirs publics)
Le nucléaire fournit une électricité décarbonée et pilotable : les scénarios de neutralité carbone de RTE qui minimisent le coût du système incluent tous une part de nucléaire nouveau. (RTE, « Futurs énergétiques 2050 »)
L'EPR 2 est conçu en série standardisée, précisément pour éviter les défauts du prototype de Flamanville : l'effet de série est le mécanisme documenté de baisse des coûts dans le nucléaire. (Retours d'expérience sur les effets de série dans les programmes nucléaires)
Ce qui plaide contre
Le précédent français direct est défavorable : Flamanville 3 a démarré en 2024 avec douze ans de retard et un coût multiplié par quatre, porté à 19,1 Md€ en coût complet selon la Cour des comptes. (Cour des comptes, rapport sur la filière EPR (2020))
Le financement n'est pas bouclé : EDF est lourdement endettée et le partage du risque entre l'État, l'entreprise et les consommateurs (prix garantis) restait en discussion à l'été 2026. (Débats publics sur le financement du nouveau nucléaire)
Les premiers EPR 2 ne produiront pas avant la fin des années 2030 : la mesure n'apporte rien aux prix ni à la sécurité d'approvisionnement du prochain quinquennat, qui dépendent du parc existant et des renouvelables. (Calendriers prévisionnels du programme EPR 2)
Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée
France, Flamanville 3 (2007-2024)
Ce qui a été fait. Construction du premier EPR français, tête de série.
Ce qui s'est passé. Mise en service en 2024 avec environ douze ans de retard ; coût passé de 3,3 Md€ annoncés à 13,2 Md€ selon EDF, 19,1 Md€ en coût complet selon la Cour des comptes.
Ce que ça dit de la mesure. Le risque du nucléaire neuf français est démontré : sans effet de série ni filière reconstituée, les devis initiaux ne tiennent pas.
Ce précédent la fragilise.
Émirats arabes unis, Barakah (2009-2024)
Ce qui a été fait. Quatre réacteurs APR-1400 construits par un consortium coréen sur un design éprouvé et répété.
Ce qui s'est passé. Les quatre tranches ont été raccordées entre 2020 et 2024, dans des délais et des coûts globalement proches du contrat initial.
Ce que ça dit de la mesure. L'effet de série sur un design stabilisé fonctionne : c'est exactement le pari de l'EPR 2, encore à démontrer dans le contexte industriel français.
Ce précédent conforte la proposition.
Ce que la proposition ne dit pas
Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.
Qui porte le risque de dérive des coûts : EDF, l'État par sa garantie, ou le consommateur par un prix garanti ?
Quelle décision est prise sur les huit réacteurs supplémentaires, et à quelle échéance l'étude doit-elle être tranchée ?
Quel mix électrique couvre la période d'ici 2035, pendant laquelle aucun EPR 2 ne produit ?
Comment la filière reconstitue-t-elle les compétences et les fournisseurs dont l'absence explique une partie du retard de Flamanville ?
Pour comprendre le fond du sujet
Le nucléaire
Relancer l'atome : nécessité climatique ou pari industriel risqué ?
La France tire environ deux tiers de son électricité de 56 réacteurs, héritage du plan Messmer (1974). Après des décennies de gel, la relance est actée — 6 à 14 EPR2 selon les scénarios, jusqu'à 20 pour certains programmes. Le débat 2027 oppose relance accélérée, mix équilibré avec les renouvelables, et sortie progressive.