Proposition de Éric Zemmour (REC) · Écologie & énergie
Construire 14 EPR d'ici 2050 et interdire tout nouveau projet éolien
Prolonger la durée de vie des réacteurs existants à soixante ans ou plus, lancer la construction d'au moins quatorze nouveaux EPR d'ici 2050, relancer la recherche de quatrième génération abandonnée en 2019 (programme Astrid), et interdire tout nouveau projet éolien terrestre ou maritime, les soutiens publics étant réorientés vers la géothermie, les réseaux de chaleur et les pompes à chaleur.
Chiffrage : Le candidat n'a pas publié de chiffrage. Institut Montaigne (estimation externe, 2022) : surcoût d'environ 2,5 Md€ par an d'ici 2050 pour le système électrique, imputable principalement au renoncement à l'éolien, qui oblige à des moyens de flexibilité et de stockage plus coûteux.
Pourquoi cette proposition obtient 50 sur 100
La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.
Précision : 14 sur 25
La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?
La cible est quantifiée et datée, quatorze EPR d'ici 2050, prolongation du parc à soixante ans et plus, relance de la recherche de quatrième génération, et le cadre législatif existe déjà en partie avec la loi du 22 juin 2023. Restent indéterminés le rythme de mise en chantier réacteur par réacteur, le porteur du financement et le sort des projets éoliens déjà autorisés au moment de l'interdiction.
Financement : 9 sur 25
Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?
Le candidat n'a publié aucun chiffrage. La seule estimation disponible est externe et ne porte que sur un effet indirect, environ 2,5 Md€ par an de surcoût du système électrique d'ici 2050 imputable au renoncement à l'éolien. Le coût de construction lui-même reste absent du programme, alors que le devis des six premiers EPR2 est passé de 51,7 Md€ à environ 67 Md€ avant le début des travaux.
Appui économique : 14 sur 25
La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?
Le volet nucléaire s'appuie sur un scénario documenté de RTE, N03, jugé techniquement atteignable et parmi les moins coûteux, et sur une trajectoire déjà engagée. C'est l'interdiction de tout nouvel éolien qui limite la note : même le scénario RTE le plus nucléarisé conserve une part importante de renouvelables, et s'en passer supposerait un développement solaire d'environ 150 GW jugé peu réaliste.
Précédents : 13 sur 25
Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?
La France dispose d'un précédent favorable de première main, le plan Messmer, une cinquantaine de réacteurs raccordés en une quinzaine d'années. Mais le précédent le plus récent est défavorable : Flamanville, douze ans de retard et un coût passé de 3,3 Md€ annoncés à environ 13,2 Md€. La filière reconstituée n'a pas encore démontré qu'elle sait tenir des délais et des budgets.
Ce qui plaide pour
La relance du nucléaire est devenue une politique nationale : six EPR2 engagés et huit à l'étude depuis 2022, loi d'accélération votée en 2023, et le Sénat s'est prononcé pour quatorze EPR d'ici 2050 : la proposition s'inscrit dans une trajectoire déjà amorcée. (Loi du 22 juin 2023 relative à l'accélération du nucléaire ; position du Sénat)
Le scénario le plus nucléarisé de RTE pour 2050, proche de cette proposition avec quatorze EPR2 et la prolongation du parc, est jugé techniquement atteignable et parmi les moins coûteux, à condition de tenir les délais. (RTE, « Futurs énergétiques 2050 », scénario N03)
Ce qui plaide contre
Même le scénario RTE le plus nucléarisé conserve une part importante de renouvelables : interdire tout nouvel éolien renchérit le système d'environ 2,5 Md€ par an d'ici 2050 et supposerait un développement solaire d'une ampleur (autour de 150 GW) jugée peu réaliste. (Institut Montaigne, chiffrage 2022 ; RTE)
La filière est déjà sous tension pour six EPR2 : soudeurs, ingénierie et cadences industrielles limitent le rythme, et quatorze réacteurs d'ici 2050 supposent des cadences jamais atteintes depuis les années 1980. (Audits de la filière nucléaire, plan Excell d'EDF)
Le financement n'est pas précisé, alors que le devis du seul programme de six EPR2 est passé de 51,7 Md€ à environ 67 Md€ avant même le début des travaux. (Réévaluations publiques du programme EPR2 (2023-2024))
Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée
France, plan Messmer (1974-1990)
Ce qui a été fait. Lancement en série de dizaines de réacteurs après le premier choc pétrolier.
Ce qui s'est passé. Une cinquantaine de réacteurs raccordés en une quinzaine d'années : électricité parmi les moins chères et les moins carbonées d'Europe pendant des décennies.
Ce que ça dit de la mesure. La France a déjà réalisé un programme nucléaire de cette ampleur, avec un État maître d'ouvrage, une filière standardisée et un consensus politique durable.
Ce précédent conforte la proposition.
France, EPR de Flamanville (2007-2024)
Ce qui a été fait. Construction du premier EPR français, tête de série.
Ce qui s'est passé. Douze ans de retard et un coût multiplié par quatre, de 3,3 Md€ annoncés à environ 13,2 Md€ selon EDF, davantage encore en intégrant les coûts financiers selon la Cour des comptes.
Ce que ça dit de la mesure. La filière reconstituée n'a pas encore fait la preuve qu'elle sait construire dans les délais et les budgets : le calendrier de quatorze EPR reste hypothétique.
Ce précédent la fragilise.
Ce que la proposition ne dit pas
Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.
Quel est le coût de construction des quatorze réacteurs, et qui le porte : EDF, l'État, ou le consommateur par le tarif ?
Comment atteindre une cadence de mise en service jamais tenue depuis les années 1980, alors que la filière est déjà en tension sur six EPR2 ?
Que deviennent les parcs éoliens déjà autorisés ou en construction au moment de l'interdiction, et à quel coût contentieux ?
Quelle capacité remplace l'éolien dans le mix d'ici 2050, tous les scénarios de RTE en conservant une part significative ?
Pour comprendre le fond du sujet
Le nucléaire
Relancer l'atome : nécessité climatique ou pari industriel risqué ?
La France tire environ deux tiers de son électricité de 56 réacteurs, héritage du plan Messmer (1974). Après des décennies de gel, la relance est actée — 6 à 14 EPR2 selon les scénarios, jusqu'à 20 pour certains programmes. Le débat 2027 oppose relance accélérée, mix équilibré avec les renouvelables, et sortie progressive.