Proposition de Marine Tondelier (LES) · Écologie & énergie

Sortie progressive du nucléaire et mix électrique 100 % renouvelables

Engager une sortie progressive du parc nucléaire sur une vingtaine d'années : arrêt du programme de nouveaux réacteurs EPR2, auquel les Écologistes se sont opposés au Parlement, fermeture des réacteurs existants à mesure de la montée des alternatives, et réorientation massive de l'investissement vers l'éolien, le solaire, le stockage, les réseaux et la sobriété, avec un mix électrique visant le 100 % renouvelables. C'est le point qui distingue le plus le programme de celui du reste de la gauche.

Chiffrage : Non chiffré globalement par le programme. RTE juge un système 100 % renouvelables techniquement atteignable en 2050 sous conditions fortes (sobriété, flexibilités, réseaux), mais plus coûteux que les scénarios conservant du nucléaire ; en face, le coût du nouveau nucléaire est lui-même très incertain, l'EPR de Flamanville étant estimé à environ 19 Md€ par la Cour des comptes.

Pourquoi cette proposition obtient 36 sur 100

La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.

Précision : 9 sur 25

La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?

La cible est énoncée, sortie progressive sur une vingtaine d'années, arrêt du programme EPR2, mix visant le 100 % renouvelables, mais rien de ce qui la rendrait vérifiable ne l'est : ni calendrier de fermeture réacteur par réacteur, ni trajectoire de capacités renouvelables installées, ni sort d'EDF et des salariés de la filière. La condition posée, fermer à mesure de la montée des alternatives, n'est assortie d'aucun critère mesurable.

Financement : 8 sur 25

Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?

Le programme ne chiffre pas la mesure. Les seuls ordres de grandeur viennent de tiers : RTE juge un système 100 % renouvelables atteignable en 2050 mais plus coûteux que les scénarios conservant du nucléaire. Le coût des réseaux, du stockage et du démantèlement n'est pas estimé, et la comparaison avec le nouveau nucléaire, l'EPR de Flamanville étant évalué à environ 19 Md€ par la Cour des comptes, n'est pas établie poste par poste.

Appui économique : 8 sur 25

La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?

C'est le point le plus contesté. Le GIEC conserve ou accroît la part du nucléaire dans la plupart des trajectoires compatibles avec 1,5 °C, et l'électricité française est déjà l'une des plus décarbonées au monde : remplacer un moyen décarboné par un autre mobilise des dizaines de milliards pour un gain climatique faible. RTE ne juge le scénario 100 % renouvelables possible que sous conditions fortes de sobriété, de flexibilité et de réseaux, que le programme ne garantit pas.

Précédents : 11 sur 25

Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?

Les deux précédents versés sont défavorables ou mitigés. L'Allemagne a montré qu'une sortie est industriellement faisable sans rupture d'approvisionnement, mais avec un recours prolongé au charbon puis au gaz, une électricité restée plusieurs fois plus carbonée que la française et des prix parmi les plus élevés d'Europe. La Belgique a voté sa sortie en 2003 puis prolongé deux réacteurs en 2022 face à la crise énergétique.

Ce qui plaide pour

La faisabilité technique n'est pas une chimère : le scénario M0 de RTE décrit un système électrique 100 % renouvelables en 2050, jugé possible sous conditions de sobriété, de flexibilité et de renforcement des réseaux. (RTE, « Futurs énergétiques 2050 » (2021))

Le nouveau nucléaire dérive : l'EPR de Flamanville a accumulé douze ans de retard et un coût multiplié par plus de cinq, estimé à environ 19 Md€ par la Cour des comptes, quand les coûts de l'éolien et du solaire ont fortement baissé sur la même période. (Cour des comptes, rapport sur la filière EPR (2020))

La sortie supprime des risques propres au nucléaire : déchets de haute activité sans exutoire définitif en service, dépendance à l'uranium importé, sensibilité du refroidissement aux canicules et aux étiages. (Argumentaire des Écologistes ; scénarios de l'association négaWatt)

Ce qui plaide contre

L'électricité française est déjà l'une des plus décarbonées au monde grâce au nucléaire, qui fournit environ les deux tiers de la production : remplacer un moyen décarboné par un autre mobilise des dizaines de milliards pour un gain climatique quasi nul. (RTE, bilans électriques annuels)

Le consensus scientifique ne fait pas de la sortie une condition climatique : la plupart des trajectoires compatibles avec 1,5 °C modélisées par le GIEC conservent ou accroissent la part du nucléaire. (GIEC, 6e rapport d'évaluation (AR6))

L'électrification des transports, du chauffage et de l'industrie va accroître fortement la demande d'électricité : fermer des capacités pilotables sur un calendrier rigide expose la sécurité d'approvisionnement, comme l'a rappelé l'hiver 2022-2023 avec l'indisponibilité d'une partie du parc. (RTE, bilans prévisionnels de sécurité d'approvisionnement)

Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée

Allemagne, Energiewende, 2011-2023

Ce qui a été fait. Sortie du nucléaire décidée après Fukushima, dernier réacteur arrêté en avril 2023, déploiement massif de l'éolien et du solaire.

Ce qui s'est passé. Aucune rupture d'approvisionnement et plus de la moitié de l'électricité renouvelable dès 2023-2024 ; mais recours prolongé au charbon puis au gaz, électricité restée plusieurs fois plus carbonée que la française et prix parmi les plus élevés d'Europe.

Ce que ça dit de la mesure. La sortie est industriellement faisable sans blackout, mais son bilan climatique est dégradé tant que les fossiles servent de variable d'ajustement pendant la transition.

Ce précédent donne un résultat ambigu.

Belgique, 2003-2025

Ce qui a été fait. Loi de sortie du nucléaire votée en 2003, avec fermeture programmée de tous les réacteurs.

Ce qui s'est passé. Face à la crise énergétique, prolongation de dix ans des réacteurs Doel 4 et Tihange 3 décidée en 2022, puis remise en cause plus large du calendrier de sortie.

Ce que ça dit de la mesure. Un calendrier de sortie voté peut être défait par la réalité du système électrique : la crédibilité dépend du rythme réel de déploiement des alternatives, pas de la loi.

Ce précédent la fragilise.

Ce que la proposition ne dit pas

Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.

Quel calendrier de fermeture réacteur par réacteur, et quel critère objectif déclenche chaque arrêt ?

Quelles capacités éoliennes, solaires, de stockage et de réseaux faut-il installer chaque année pour compenser, et à quel coût ?

Comment la sécurité d'approvisionnement en pointe hivernale est-elle assurée pendant la transition ?

Quel est le coût total, démantèlement et gestion des déchets compris, et qui le porte ?

Pour comprendre le fond du sujet

Le nucléaire

Relancer l'atome : nécessité climatique ou pari industriel risqué ?

La France tire environ deux tiers de son électricité de 56 réacteurs, héritage du plan Messmer (1974). Après des décennies de gel, la relance est actée — 6 à 14 EPR2 selon les scénarios, jusqu'à 20 pour certains programmes. Le débat 2027 oppose relance accélérée, mix équilibré avec les renouvelables, et sortie progressive.

Les sources