Proposition de Marine Tondelier (LES) · Retraites

Abroger la réforme de 2023 : retraite à 62 ans, 60 ans pour les carrières longues

Revenir à un âge légal de départ de 62 ans en abrogeant le report à 64 ans adopté en 2023, et ouvrir un droit au départ à 60 ans pour les personnes ayant commencé à travailler tôt ou exercé des métiers pénibles. La mesure prolonge la suspension déjà votée fin 2025, qui a gelé l'âge légal à 62 ans et 9 mois pour les générations 1964-1968 jusqu'en janvier 2028.

Chiffrage : Non chiffré par le programme. Estimations externes de l'abrogation : environ 8,2 Md€ par an à l'horizon 2027 dans le scénario médian de l'Institut Montaigne, et autour de 20 Md€ par an à l'horizon 2032 si les mesures sociales de la réforme, dont la revalorisation des petites pensions, sont conservées.

Pourquoi cette proposition obtient 42 sur 100

La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.

Précision : 14 sur 25

La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?

Le contenu est simple et le véhicule éprouvé : une loi abroge une loi, et la suspension votée dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 en fournit le mode d'emploi récent. En revanche le volet 60 ans pour les carrières longues et les métiers pénibles n'est pas défini : ni critères de pénibilité, ni durées de cotisation exigées, ni sort des mesures sociales adoptées en 2023.

Financement : 7 sur 25

Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?

Le programme ne publie ni chiffrage ni recette dédiée. Les seules estimations disponibles sont externes : environ 8,2 Md€ par an à l'horizon 2027 en scénario médian selon l'Institut Montaigne, et de l'ordre de 20 Md€ par an à l'horizon 2032 si les mesures sociales de la réforme sont conservées. Le financement est renvoyé aux recettes fiscales nouvelles du programme, sans affectation identifiée.

Appui économique : 8 sur 25

La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?

L'argument social est documenté : environ six ans d'écart d'espérance de vie entre cadres et ouvriers, et une espérance de vie sans incapacité située autour de 64 à 65 ans. Mais l'appui économique manque : le COR projette déjà un déficit du système, l'OFCE mesure un effet négatif du recul de l'âge sur la population active et donc sur les recettes, et les grands voisins européens relèvent l'âge de départ plutôt qu'ils ne l'abaissent.

Précédents : 13 sur 25

Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?

Deux précédents français directs et récents. Le décret carrières longues de 2012 montre qu'un abaissement ciblé est finançable et administrable, pour 1 à 3 Md€ par an financés par une hausse de cotisations. La suspension de 2025-2026 prouve qu'un retour en arrière est politiquement possible, mais elle a été obtenue par compromis parlementaire et sans abrogation complète, et son coût croît avec l'horizon.

Ce qui plaide pour

Le report uniforme de l'âge pèse d'abord sur ceux qui ont commencé tôt : les écarts d'espérance de vie entre cadres et ouvriers atteignent environ six ans chez les hommes, et l'espérance de vie sans incapacité se situe autour de 64 à 65 ans. (INSEE et DREES, statistiques d'espérance de vie et d'espérance de vie sans incapacité)

Le véhicule législatif fonctionne : la suspension de la réforme a été votée dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, preuve qu'un retour en arrière est juridiquement et politiquement praticable. (franceinfo, « Que changera la suspension de la réforme des retraites »)

La réforme de 2023 a été adoptée au 49.3 contre l'ensemble des organisations syndicales et une opinion durablement majoritaire contre le report : l'abrogation répond à une demande sociale documentée. (Mobilisations de 2023 ; positions de l'intersyndicale)

Ce qui plaide contre

Le coût est pérenne et croissant, de l'ordre de 8 à 20 Md€ par an selon l'horizon, dans un système dont le Conseil d'orientation des retraites projette déjà le déficit ; le programme ne publie pas de financement dédié. (Institut Montaigne ; projections du COR)

Le retour à 62 ans réduit la population active et donc l'activité et les recettes, un effet mesuré par l'OFCE à propos de la suspension de 2026 : la mesure se paie deux fois, en dépenses et en manque à gagner. (OFCE, « Réforme et suspension de la réforme des retraites » (janvier 2026))

La démographie joue contre la mesure : le ratio cotisants sur retraités se dégrade et tous les grands voisins européens relèvent l'âge de départ vers 65 à 67 ans plutôt qu'ils ne l'abaissent. (Comparaisons européennes des âges de départ, COR)

Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée

France, décret carrières longues de 2012

Ce qui a été fait. Réouverture du départ à 60 ans pour les assurés ayant commencé à travailler avant 20 ans, par décret, au début du quinquennat Hollande.

Ce qui s'est passé. Dispositif ciblé monté en charge sans crise de financement, pour un coût de l'ordre de 1 à 3 Md€ par an, financé par une hausse de cotisations.

Ce que ça dit de la mesure. Un abaissement ciblé sur les carrières longues est finançable et administrable ; c'est la généralisation du retour à 62 ans qui change l'ordre de grandeur du coût.

Ce précédent conforte la proposition.

France, suspension de la réforme, 2025-2026

Ce qui a été fait. Gel de l'âge légal à 62 ans et 9 mois pour les générations 1964-1968, inscrit dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026.

Ce qui s'est passé. Coût budgétaire limité à court terme mais croissant avec l'horizon ; la mesure a été obtenue par compromis parlementaire, sans abrogation complète.

Ce que ça dit de la mesure. Le retour en arrière est politiquement possible, mais chaque année de recul de l'âge coûte structurellement plusieurs milliards : la question décisive est le financement de long terme.

Ce précédent donne un résultat ambigu.

Ce que la proposition ne dit pas

Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.

Quelles recettes financent les 8 à 20 Md€ annuels, et à quelle échéance sont-elles disponibles ?

Quels métiers ouvrent le droit à un départ à 60 ans, selon quels critères de pénibilité et quelle durée cotisée ?

Les mesures sociales de la réforme de 2023, dont la revalorisation des petites pensions, sont-elles conservées ?

Que deviennent les générations 1964-1968 déjà concernées par la suspension votée fin 2025 ?

Pour comprendre le fond du sujet

Retraites : âge, répartition, capitalisation

60, 64, 67 ans — et qui paie l'écart ?

Le système français repose sur la répartition : les cotisations des actifs paient les pensions du moment. Son équilibre dépend du rapport cotisants/retraités, qui se dégrade avec la démographie. Les leviers possibles : l'âge de départ, le niveau des pensions, le taux de cotisation — ou l'ajout d'une dose de capitalisation.

Les sources