Proposition de Marine Tondelier (LES) · Logement

Rénovation thermique massive des logements, priorité aux passoires

Faire de la rénovation thermique des bâtiments un chantier national : massifier les rénovations globales plutôt que les gestes isolés, en priorité pour les passoires thermiques et les ménages modestes, avec un accompagnement renforcé, afin de réduire les factures, la précarité énergétique et la dépendance aux énergies fossiles du bâtiment.

Chiffrage : Non chiffré précisément par le programme. Ordres de grandeur externes : le rapport Pisani-Ferry et Mahfouz évalue à environ 66 Md€ par an d'ici 2030 les investissements supplémentaires nécessaires à l'ensemble de la transition, le bâtiment en étant l'un des premiers postes ; une rénovation globale performante coûte plusieurs dizaines de milliers d'euros par logement.

Pourquoi cette proposition obtient 52 sur 100

La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.

Précision : 10 sur 25

La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?

La direction est donnée, privilégier les rénovations globales aux gestes isolés et cibler les passoires et les ménages modestes, mais presque rien n'est outillé : ni objectif annuel de logements rénovés, ni dispositif d'aide décrit, ni niveau de reste à charge, ni opérateur chargé de l'accompagnement. Or c'est l'accompagnement qui distingue une rénovation globale d'un geste isolé.

Financement : 8 sur 25

Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?

Le programme ne chiffre pas la mesure. Les seuls ordres de grandeur viennent de tiers : le rapport Pisani-Ferry et Mahfouz évalue à environ 66 Md€ par an les investissements supplémentaires de la transition, le bâtiment en étant l'un des premiers postes, et une rénovation globale performante coûte plusieurs dizaines de milliers d'euros par logement. Aucune ressource n'est affectée, d'où une note basse.

Appui économique : 20 sur 25

La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?

C'est la sous-note la plus élevée du dossier et elle est justifiée : le Haut Conseil pour le climat et la stratégie nationale bas-carbone identifient le bâtiment, environ 16 % des émissions nationales, comme un gisement incontournable, l'ONRE a recensé environ cinq millions de passoires thermiques, et aucune famille politique ne conteste l'objectif. Les critiques portent sur les moyens et sur l'écart entre gains théoriques et gains réels, pas sur le principe.

Précédents : 14 sur 25

Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?

Les précédents instruisent dans les deux sens. Les programmes KfW allemands montrent qu'un financement public de masse via une banque publique crée le volume, avec un coût élevé par tonne de CO₂ évitée. MaPrimeRénov' est le précédent français direct : déploiement rapide mais dominé par les gestes isolés, fraudes documentées et à-coups réglementaires, rénovations d'ampleur très en deçà des objectifs.

Ce qui plaide pour

C'est l'un des rares chantiers climatiques consensuels : la stratégie nationale bas-carbone et le Haut Conseil pour le climat identifient le bâtiment, environ 16 % des émissions nationales, comme un gisement incontournable, et aucune famille politique ne conteste l'objectif. (Haut Conseil pour le climat, rapports annuels)

Le parc à traiter est connu : l'observatoire national de la rénovation énergétique a recensé environ cinq millions de passoires thermiques, dont la rénovation produit des gains immédiats de pouvoir d'achat et de santé publique. (Observatoire national de la rénovation énergétique (ONRE))

Les emplois créés sont locaux et non délocalisables : la massification de la rénovation soutient l'artisanat du bâtiment sur tout le territoire. (ADEME, scénarios « Transition(s) 2050 »)

Ce qui plaide contre

Le précédent immédiat déçoit : MaPrimeRénov' a produit de gros volumes de gestes isolés mais peu de rénovations globales, avec des fraudes documentées et des recentrages successifs du dispositif. (Cour des comptes, rapports sur MaPrimeRénov')

Le goulot d'étranglement est la main-d'œuvre : massifier les rénovations globales suppose de former des dizaines de milliers d'artisans qualifiés, une contrainte plus dure que le financement lui-même. (Constats de la filière bâtiment et de France Stratégie sur les métiers de la transition)

L'équation des ménages modestes est coûteuse : sans reste à charge quasi nul ils ne s'engagent pas, et avec, le coût public par logement devient très élevé ; les gains réels d'énergie sont en outre souvent inférieurs aux gains théoriques. (Évaluations des aides à la rénovation énergétique ; littérature sur l'écart entre consommations théoriques et réelles)

Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée

Allemagne, programmes KfW, depuis 2001

Ce qui a été fait. Prêts bonifiés et subventions massives de la banque publique KfW pour la rénovation énergétique et la construction performante.

Ce qui s'est passé. Des millions de logements traités et une industrie de la rénovation structurée ; les évaluations pointent toutefois un coût élevé par tonne de CO₂ évitée et des consommations réelles supérieures aux calculs.

Ce que ça dit de la mesure. Le financement public de masse via une banque publique fonctionne pour créer le volume ; l'efficacité climatique par euro dépensé reste le point discuté.

Ce précédent conforte la proposition.

France, MaPrimeRénov', depuis 2020

Ce qui a été fait. Aide de masse à la rénovation, plusieurs centaines de milliers de dossiers par an.

Ce qui s'est passé. Déploiement rapide mais dominé par les gestes isolés à faible impact ; les rénovations d'ampleur restent très en deçà des objectifs, et le dispositif a subi fraudes et à-coups réglementaires.

Ce que ça dit de la mesure. Le précédent français direct : l'enjeu n'est pas de distribuer des aides mais d'organiser des rénovations globales, ce qui exige accompagnement, contrôle et stabilité des règles.

Ce précédent donne un résultat ambigu.

Ce que la proposition ne dit pas

Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.

Combien de rénovations globales par an sont visées, et à quelle échéance ?

Quel reste à charge pour un ménage modeste, et par quel dispositif est-il financé ?

Comment sont formés les dizaines de milliers d'artisans qualifiés que la massification suppose ?

Quelles garanties de résultat sont prévues, l'écart entre consommation théorique et consommation réelle étant documenté ?

Les sources