Proposition de Fabien Roussel (PCF) · Travail, salaires & pouvoir d'achat

SMIC à 2 000 € bruts

Porter le salaire minimum à 2 000 € bruts mensuels, soit environ 1 500 € nets, ce qui représente une hausse de l'ordre de 18 % par rapport au niveau de référence, et réindexer l'ensemble des salaires sur l'inflation. La revendication a été confirmée par Fabien Roussel à la Fête de l'Humanité 2025, accompagnée d'une hausse de 10 % du point d'indice des fonctionnaires.

Chiffrage : Hausse d'environ 18 %. Coût direct pour l'État sur la fonction publique et les allègements de charges ; coût principal supporté par les entreprises.

Pourquoi cette proposition obtient 48 sur 100

La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.

Précision : 19 sur 25

La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?

C'est la sous-note la plus haute du dossier, et elle tient à la nature de la mesure : un montant, 2 000 € bruts soit environ 1 500 € nets, une hausse quantifiée d'environ 18 %, un instrument connu et à la main du gouvernement, le décret de revalorisation du SMIC, et un complément explicite, 10 % de hausse du point d'indice des fonctionnaires. Seul le calendrier, hausse immédiate ou étalée, n'est pas précisé.

Financement : 8 sur 25

Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?

Le chiffrage se limite à constater que le coût principal est supporté par les entreprises, sans estimation du surcoût agrégé ni du coût public induit sur la fonction publique et sur les allègements de charges, qui augmentent mécaniquement avec le SMIC. Aucun chiffrage indépendant n'est versé au dossier, d'où une note basse.

Appui économique : 9 sur 25

La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?

La littérature post-Card et Krueger, notamment Cengiz, Dube, Lindner et Zipperer, prive l'objection classique de son automatisme : une hausse du salaire minimum ne détruit pas mécaniquement des emplois. Mais ces travaux portent sur des hausses depuis des niveaux bas, alors que le SMIC français atteint déjà environ 60 % du salaire médian, l'un des ratios les plus élevés de l'OCDE. S'y ajoute l'indexation générale des salaires, mécanisme abandonné en 1983 pour rompre la boucle prix-salaires.

Précédents : 12 sur 25

Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?

L'Allemagne a introduit puis relevé son salaire minimum en 2015 et 2022 sans destruction massive d'emplois, mais depuis un niveau de départ bien plus bas : le précédent est favorable et seulement partiellement transposable. La Belgique montre que l'indexation protège le pouvoir d'achat au prix d'une dégradation mesurée de la compétitivité-coût. Aucun pays n'a opéré une hausse de cette ampleur depuis un ratio au salaire médian aussi élevé.

Ce qui plaide pour

La littérature post-Card et Krueger montre que des hausses de salaire minimum n'ont pas l'effet destructeur d'emploi que prédisait le modèle concurrentiel standard. (Cengiz, Dube, Lindner & Zipperer, Quarterly Journal of Economics (2019))

Une part importante des travailleurs au SMIC est employée dans des secteurs non délocalisables (commerce, aide à la personne, restauration), ce qui limite le risque de fuite de l'emploi. (DARES, structure de l'emploi au SMIC)

Ce qui plaide contre

Le SMIC français atteint déjà environ 60 % du salaire médian, l'un des ratios les plus élevés de l'OCDE : une hausse de 18 % le porterait à un niveau sans précédent international. (OCDE, ratio salaire minimum / salaire médian)

L'effet d'écrasement des grilles de branche est mécanique : les salaires immédiatement au-dessus du SMIC sont rattrapés, ce qui déclenche des revendications en cascade. (Rapports du groupe d'experts SMIC)

L'indexation générale des salaires sur les prix est le mécanisme supprimé en 1983 précisément pour briser la boucle prix-salaires. (Désindexation française de 1983)

Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée

Allemagne, 2015 puis 2022

Ce qui a été fait. Introduction d'un salaire minimum, puis relèvement à 12 €.

Ce qui s'est passé. Hausse des bas salaires sans destruction massive d'emplois, ajustement par les heures.

Ce que ça dit de la mesure. Un choc de salaire minimum est absorbable, mais depuis un niveau de départ bien plus bas.

Ce précédent conforte la proposition.

Belgique (indexation permanente)

Ce qui a été fait. Indexation automatique des salaires sur les prix.

Ce qui s'est passé. Pouvoir d'achat préservé pendant le choc inflationniste de 2022, dégradation mesurée de la compétitivité-coût.

Ce que ça dit de la mesure. L'indexation tient ses promesses, et son coût apparaît sur les parts de marché à l'export.

Ce précédent donne un résultat ambigu.

Ce que la proposition ne dit pas

Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.

La hausse est-elle immédiate ou étalée, et sur quelle durée ?

Quel est le surcoût pour les entreprises, secteur par secteur, et quelles compensations sont prévues pour celles qui emploient beaucoup au SMIC ?

Que deviennent les allègements de cotisations sur les bas salaires, dont le coût public suit mécaniquement le SMIC ?

Comment sont traitées les grilles de branche rattrapées par le nouveau minimum, et l'écrasement de la hiérarchie salariale qui en découle ?

Pour comprendre le fond du sujet

Le salaire minimum

Augmenter fortement le SMIC détruit-il des emplois ?

Le SMIC fixe le salaire horaire en dessous duquel aucun salarié ne peut être payé. La France a l'un des salaires minimums les plus élevés du monde riche rapporté au salaire médian (environ 60 %), avec une indexation automatique sur l'inflation. Plusieurs programmes 2027 proposent de le porter à 1 600 € voire 2 000 € bruts.

Les sources