Proposition de Fabien Roussel (PCF) · Sécurité & justice

30 000 agents pour une police nationale de proximité

Recruter 30 000 policiers et gendarmes statutaires, formés, bien encadrés et correctement rémunérés, pour reconstituer une police nationale de proximité présente sur la voie publique, en rupture avec la politique du chiffre et avec le recours croissant à la sécurité privée.

Chiffrage : Non chiffré par le candidat. À titre d'ordre de grandeur externe, 30 000 agents représentent environ 1,5 à 2 Md€ par an de masse salariale chargée, hors formation et immobilier.

Pourquoi cette proposition obtient 49 sur 100

La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.

Précision : 14 sur 25

La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?

L'effectif est chiffré, 30 000 agents, et le statut est précisé, des policiers et gendarmes statutaires plutôt que de la sécurité privée, avec formation et encadrement annoncés. Mais le calendrier de recrutement, la répartition territoriale et la doctrine d'emploi qui remplacerait la politique du chiffre ne sont pas décrits.

Financement : 8 sur 25

Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?

Le candidat ne chiffre pas la mesure. Le seul ordre de grandeur disponible est externe et partiel : environ 1,5 à 2 Md€ par an de masse salariale chargée pour 30 000 agents, hors formation, équipement et immobilier, qui sont pourtant les postes mis en avant par la mesure elle-même. Aucune recette n'est affectée.

Appui économique : 14 sur 25

La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?

L'appui est correct sans être unanime : les revues systématiques du community policing, dont celle de Gill et al. pour la Campbell Collaboration, concluent à des effets positifs sur la confiance envers la police, et la Cour des comptes a critiqué la politique du chiffre et l'affaiblissement du lien avec la population. Mais ces mêmes travaux ne mesurent que des effets modestes sur la délinquance enregistrée, ce que la proposition ne discute pas.

Précédents : 13 sur 25

Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?

Les précédents sont directement pertinents et de portée limitée. La police de proximité française de 1998-2003 a été supprimée avant qu'une évaluation nationale soit achevée, ce qui interdit d'en tirer une preuve d'efficacité. Le Royaume-Uni, après un essai contrôlé, a mesuré une amélioration de la confiance et du sentiment de sécurité, mais des effets modestes sur la délinquance.

Ce qui plaide pour

Les revues systématiques du « community policing » concluent à des effets positifs sur la confiance envers la police et la satisfaction des habitants, condition du renseignement de terrain. (Gill et al., revue systématique Campbell Collaboration (2014))

La Cour des comptes a critiqué la politique du chiffre et l'affaiblissement du lien entre police et population après 2003, un diagnostic que la mesure reprend. (Cour des comptes, rapports sur l'organisation des forces de sécurité publique)

Ce qui plaide contre

L'expérience française de 1998-2003 n'a jamais démontré d'effet mesurable sur la délinquance avant sa suppression, faute d'évaluation rigoureuse et de moyens stabilisés. (Bilans de la police de proximité (1998-2003))

Recruter vite dégrade la sélection et la formation : les vagues de recrutement des années 2015-2022 se sont accompagnées d'une réduction de la scolarité en école de police, critiquée par la Cour des comptes. (Cour des comptes, rapport sur la formation des policiers (2022))

Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée

France, 1998-2003

Ce qui a été fait. Police de proximité déployée par le gouvernement Jospin, supprimée en 2003.

Ce qui s'est passé. Bilan contrasté : implantation inégale selon les circonscriptions, progrès du lien local constatés par les élus, mais aucune évaluation nationale achevée avant l'abandon.

Ce que ça dit de la mesure. La continuité politique est la condition de réussite : cinq ans n'ont pas suffi pour trancher.

Ce précédent donne un résultat ambigu.

Royaume-Uni, années 2000

Ce qui a été fait. Généralisation du « neighbourhood policing » après un essai contrôlé national.

Ce qui s'est passé. Amélioration mesurée de la confiance et du sentiment de sécurité, effets modestes sur la délinquance enregistrée.

Ce que ça dit de la mesure. La proximité paie d'abord sur la confiance, moins sur les statistiques de délinquance : l'objectif doit être explicite.

Ce précédent conforte la proposition.

Ce que la proposition ne dit pas

Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.

En combien d'années les 30 000 agents seraient-ils recrutés, sachant que recruter vite dégrade la sélection et la formation selon la Cour des comptes ?

Quel est le coût complet, formation, équipement et immobilier compris, et sur quelle ligne budgétaire ?

Quels indicateurs remplaceraient la politique du chiffre pour piloter l'activité des services ?

Comment ces effectifs seraient-ils répartis entre les territoires, et selon quels critères ?

Les sources