Proposition de Fabien Roussel (PCF) · Écologie & énergie
Construire 20 EPR dans un pôle public de l'énergie
Porter le programme nucléaire français à 20 réacteurs EPR2, contre 14 dans la trajectoire gouvernementale, en le pilotant depuis un pôle public de l'énergie intégrant EDF renationalisée, et en répercutant la baisse du coût de production sur les prix.
Chiffrage : Le coût d'un EPR2 est estimé entre 11 et 16 Md€ par la Cour des comptes ; 20 réacteurs représentent donc un ordre de grandeur de 220 à 320 Md€.
Pourquoi cette proposition obtient 49 sur 100
La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.
Précision : 16 sur 25
La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?
La cible est quantifiée et comparée à la trajectoire existante, 20 réacteurs EPR2 contre 14, et le pilotage est nommé, un pôle public de l'énergie intégrant EDF renationalisée. Manquent le calendrier de mise en service, les sites retenus et le mécanisme par lequel la baisse revendiquée du coût de production serait répercutée sur les prix.
Financement : 9 sur 25
Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?
L'ordre de grandeur est établi par un tiers, la Cour des comptes chiffrant un EPR2 entre 11 et 16 Md€, soit 220 à 320 Md€ pour vingt réacteurs. Mais le programme ne dit pas qui paie ni comment : ni schéma de financement, ni taux d'actualisation retenu alors que l'argument du pilotage public repose dessus, ni articulation avec le fonds public de 500 milliards annoncé par ailleurs.
Appui économique : 15 sur 25
La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?
L'appui est réel : le GIEC intègre le nucléaire aux trajectoires de décarbonation, les analyses de cycle de vie le placent parmi les sources les moins émettrices, et l'effet de série sur les coûts est documenté par le programme français des années 1970. La réserve porte sur le calendrier climatique : un réacteur lancé en 2027 produit au mieux au milieu des années 2040, bien après l'échéance de 2030.
Précédents : 9 sur 25
Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?
Les précédents se contredisent frontalement, ce qui tire la note vers le bas. Le programme Messmer prouve que la France a construit 58 réacteurs en une quinzaine d'années sous pilotage public. Mais l'expérience récente, Flamanville 3 et Olkiluoto 3, additionne plus de dix ans de retard et des coûts multipliés par trois à quatre, et le rapport Folz attribue cet échec à des compétences industrielles perdues qui ne se reconstituent pas par décision politique.
Ce qui plaide pour
Le nucléaire est l'une des sources d'électricité les moins émettrices en analyse de cycle de vie, comparable à l'éolien, et le GIEC l'inclut dans les trajectoires de décarbonation. (GIEC, AR6, WG III ; analyses de cycle de vie de l'électricité)
Le pilotage public permet d'appliquer un taux d'actualisation bas, ce qui change radicalement la rentabilité d'un actif à coûts fixes élevés et durée de vie longue. (Économie du financement des actifs de long terme)
L'effet de série est documenté : construire un grand nombre de réacteurs identiques fait baisser le coût unitaire, comme lors du programme français des années 1970-80. (Retour d'expérience du programme électronucléaire français)
Ce qui plaide contre
L'expérience récente est mauvaise : Flamanville 3 a été livré avec douze ans de retard pour un coût passé d'environ 3,3 à plus de 13 Md€ selon la Cour des comptes. (Cour des comptes, rapports sur l'EPR de Flamanville)
Le facteur limitant est industriel et humain : soudeurs qualifiés, chaudronnerie lourde, ingénierie. La filière a perdu ces compétences et ne les reconstitue pas au rythme d'un décret. (Rapport Folz sur la construction de Flamanville 3 (2019))
Le calendrier ne colle pas avec l'objectif climatique : un EPR2 mis en chantier en 2027 produit au mieux au milieu des années 2040, après l'échéance de 2030. (Calendriers de construction nucléaire)
Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée
France, programme Messmer (1974-1990)
Ce qui a été fait. Construction de 58 réacteurs en une quinzaine d'années, sous pilotage public intégré.
Ce qui s'est passé. Électricité largement décarbonée et parmi les moins chères d'Europe pendant des décennies. C'est la réussite industrielle française de référence.
Ce que ça dit de la mesure. Le précédent le plus favorable à la mesure : la France a déjà fait exactement cela, à une échelle supérieure, avec un pilotage public.
Ce précédent conforte la proposition.
Finlande, Olkiluoto 3 / France, Flamanville 3
Ce qui a été fait. Construction d'EPR de première génération.
Ce qui s'est passé. Plus de dix ans de retard chacun, coûts multipliés par trois à quatre.
Ce que ça dit de la mesure. Le contre-exemple immédiat : la compétence perdue ne se retrouve pas par décision politique. Les deux précédents s'appliquent tous les deux.
Ce précédent la fragilise.
Ce que la proposition ne dit pas
Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.
Quel calendrier de mise en service pour les vingt réacteurs, et quelle part serait raccordée avant 2040 ?
Comment la filière reconstitue-t-elle les compétences pointées par le rapport Folz, soudeurs et chaudronnerie lourde notamment ?
Comment sont financés les 220 à 320 Md€ : emprunt public, EDF, ou fonds de 500 milliards ?
Par quel mécanisme la baisse du coût de production se traduirait-elle en baisse du prix payé par les ménages ?
Pour comprendre le fond du sujet
Le nucléaire
Relancer l'atome : nécessité climatique ou pari industriel risqué ?
La France tire environ deux tiers de son électricité de 56 réacteurs, héritage du plan Messmer (1974). Après des décennies de gel, la relance est actée — 6 à 14 EPR2 selon les scénarios, jusqu'à 20 pour certains programmes. Le débat 2027 oppose relance accélérée, mix équilibré avec les renouvelables, et sortie progressive.