Proposition de Bruno Retailleau (LR) · Immigration

Soumettre la réduction de l'immigration à un référendum

Consulter directement les Français pour « réduire drastiquement l'immigration », au motif que l'immigration a bouleversé la société depuis cinquante ans « sans que les Français aient jamais été consultés ». Le champ de l'article 11 de la Constitution n'incluant pas l'immigration, le candidat propose de l'étendre pour « redonner la parole au peuple », quitte à passer par l'article 11 lui-même pour opérer cette extension.

Chiffrage : Pas de coût budgétaire direct significatif, hors organisation du scrutin.

Pourquoi cette proposition obtient 41 sur 100

La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.

Précision : 10 sur 25

La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?

Le mécanisme annoncé tourne sur lui-même et le dossier l'assume : l'immigration n'entre pas dans le champ de l'article 11, si bien qu'il faudrait utiliser l'article 11 pour étendre l'article 11. Ni la question posée aux électeurs, ni le contenu de la réduction, ni le calendrier ne sont précisés, ce qui maintient la note dans le bas de l'échelle.

Financement : 18 sur 25

Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?

Hors organisation du scrutin, la mesure n'a pas de coût budgétaire direct significatif : le critère est peu discriminant ici, et la note est haute pour cette raison, pas parce qu'un financement aurait été démontré.

Appui économique : 5 sur 25

La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?

Les avis d'expertise versés au dossier sont convergents et défavorables : Marie-Anne Cohendet qualifie l'usage de l'article 11 pour contourner l'article 89 de « violation de la Constitution », et Mathieu Carpentier relève qu'une réduction drastique se heurterait au droit de l'Union et à la Convention européenne des droits de l'homme. Aucun appui juridique n'est produit en sens inverse, hors le précédent politique de 1962.

Précédents : 8 sur 25

Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?

Les deux précédents sont classés mitigés et pointent la même limite : en Suisse, la votation de 2014 a été appliquée de manière très édulcorée pour préserver les accords bilatéraux avec l'Union. En France, la voie de l'article 11 n'a servi que deux fois, en 1962 et 1969, avec un succès et un échec qui a coûté son mandat au président, et elle n'a plus jamais été utilisée depuis.

Ce qui plaide pour

L'argument démocratique est réel : aucune des grandes lois migratoires des dernières décennies n'a été soumise au vote direct, alors que le sujet structure durablement le débat public. (Argumentaire du candidat lors de l'annonce de candidature)

Le précédent de 1962 montre qu'un référendum tenu sur le fondement de l'article 11, même juridiquement contesté, s'impose politiquement une fois approuvé par le peuple. (Précédent du référendum du 28 octobre 1962)

Ce qui plaide contre

Pour une partie des constitutionnalistes, utiliser l'article 11 pour contourner l'article 89 constitue une « violation de la Constitution », avec un risque de dérive vers des pratiques de démocratie plébiscitaire. (Marie-Anne Cohendet, constitutionnaliste (Paris 1 Panthéon-Sorbonne), citée par Public Sénat)

En l'état, ni l'immigration ni la justice n'entrent dans le champ de l'article 11 : le référendum promis suppose d'abord une révision constitutionnelle, donc l'accord des deux chambres ou les trois cinquièmes du Congrès. (Constitution, articles 11 et 89 ; Public Sénat)

Même approuvée par référendum, une réduction drastique se heurterait au droit de l'Union et à la CEDH ; la primauté du droit national conduirait « très vite » à poser la question de l'appartenance à l'UE. (Mathieu Carpentier, constitutionnaliste (Toulouse Capitole), cité par Public Sénat)

Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée

Suisse, votation du 9 février 2014

Ce qui a été fait. Initiative populaire « contre l'immigration de masse » approuvée à 50,3 %, imposant des plafonds et une préférence nationale.

Ce qui s'est passé. Application très édulcorée en 2016 : le Parlement a réduit l'initiative à une simple obligation d'annonce des postes vacants, pour préserver les accords bilatéraux avec l'Union européenne.

Ce que ça dit de la mesure. Même dans le pays du référendum, un vote populaire sur l'immigration n'a pas suffi à surmonter les contraintes des traités européens.

Ce précédent donne un résultat ambigu.

France, 1962 et 1969

Ce qui a été fait. Révisions constitutionnelles soumises au peuple par l'article 11 par le général de Gaulle.

Ce qui s'est passé. Succès politique en 1962 malgré la controverse juridique ; échec en 1969, entraînant la démission du président. La voie n'a plus jamais été utilisée depuis.

Ce que ça dit de la mesure. Le précédent existe mais il est unique, ancien et à double tranchant : un référendum perdu engage le mandat lui-même.

Ce précédent donne un résultat ambigu.

Ce que la proposition ne dit pas

Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.

Quelle question serait posée aux électeurs, et quel texte serait annexé au décret de convocation ?

Le programme ne dit pas ce qui se passerait si le Conseil constitutionnel ou le Conseil d'État bloquaient le décret convoquant les électeurs.

Rien n'indique ce que recouvre concrètement une réduction drastique : un plafond chiffré, une baisse en pourcentage, ou une restriction par catégorie de titres.

L'articulation avec le droit de l'Union et la Convention européenne des droits de l'homme, qui resteraient applicables après le vote, n'est pas traitée.

Pour comprendre le fond du sujet

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Immigration et économie

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Les sources