Proposition de Bruno Retailleau (LR) · Écologie & énergie

Rebâtir le parc nucléaire, stopper les subventions aux renouvelables

Faire du nucléaire, avec l'hydroélectricité, le pilier de la production électrique française : prolonger les réacteurs existants pour éviter « l'effet falaise » lié à leur vieillissement, reconstituer la compétence industrielle de la filière, et cesser de financer par subventions publiques l'éolien et le photovoltaïque, accusés de produire une « intermittence coûteuse » et de déstabiliser les réseaux.

Chiffrage : Non chiffré par le candidat, le plan énergie LR de juillet 2025 ne comportant ni nombre de réacteurs ni calendrier. Pour référence externe, le coût du programme de six EPR2 déjà engagé par l'État a été réévalué à la hausse d'environ 25 % dans les estimations rendues publiques en 2024.

Pourquoi cette proposition obtient 38 sur 100

La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.

Précision : 10 sur 25

La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?

Le plan énergie de juillet 2025 ne comporte ni nombre de réacteurs, ni calendrier de mise en service, ni cible de puissance : la mesure reste une orientation. La partie la plus opérationnelle est aussi la plus simple, l'arrêt des subventions à l'éolien et au photovoltaïque, mais le sort des contrats d'achat en cours n'est pas précisé.

Financement : 6 sur 25

Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?

Aucun chiffrage n'est publié par le candidat, ni pour la prolongation du parc ni pour les réacteurs nouveaux. La seule donnée disponible est externe et défavorable : le programme de six EPR2 déjà engagé par l'État a été réévalué à la hausse d'environ 25 % dans les estimations rendues publiques en 2024. Sans coût annoncé ni mode de financement, la note est proche du plancher.

Appui économique : 10 sur 25

La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?

Un point fait consensus et il est porté au crédit de la mesure : RTE juge la prolongation du parc existant l'option la moins coûteuse du système électrique. Le reste va en sens inverse. Même le scénario le plus nucléarisé de RTE suppose au moins 70 GW de solaire et 43 GW d'éolien terrestre, et les appels d'offres de 2022 placent l'éolien terrestre et le solaire autour de 59 et 70 €/MWh, contre plus de 100 €/MWh pour le nucléaire neuf.

Précédents : 12 sur 25

Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?

Le plan Messmer est un précédent favorable et il pèse : 58 réacteurs construits en une vingtaine d'années. Mais il reposait sur un tissu industriel, un cadre de financement et une acceptabilité qui se sont érodés. Le précédent récent de la filière, Flamanville, est classé défavorable, dix-sept ans de chantier et un coût multiplié par environ six selon la Cour des comptes. La note reflète l'écart entre ces deux époques.

Ce qui plaide pour

L'électricité française est déjà parmi les plus décarbonées d'Europe grâce au couple nucléaire-hydraulique : consolider cet acquis est une stratégie climatique défendable. (RTE, bilans électriques annuels)

La prolongation du parc existant est l'option la moins coûteuse du système électrique, point qui fait consensus parmi les scénarios de RTE. (RTE, « Futurs énergétiques 2050 »)

Ce qui plaide contre

Même dans son scénario le plus nucléarisé, RTE ne fait pas dépasser au nucléaire environ la moitié du mix en 2050, avec au moins 70 GW de solaire et 43 GW d'éolien terrestre nécessaires : arrêter les renouvelables met le système en tension dans la décennie 2030. (RTE, « Futurs énergétiques 2050 »)

Les coûts se sont inversés : l'éolien terrestre et le solaire sont sortis des appels d'offres autour de 59 et 70 €/MWh en 2022, contre plus de 100 €/MWh pour le nucléaire neuf. (Appels d'offres de la Commission de régulation de l'énergie (2022))

Les délais du nucléaire neuf sont structurellement incertains : Flamanville a été livré avec douze ans de retard, comme les chantiers comparables finlandais et britannique. (Cour des comptes, rapports sur la filière EPR)

Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée

France, plan Messmer 1974-1990

Ce qui a été fait. Construction accélérée de 58 réacteurs en une vingtaine d'années après le premier choc pétrolier.

Ce qui s'est passé. Électricité massivement décarbonée et longtemps parmi les moins chères d'Europe.

Ce que ça dit de la mesure. La preuve historique qu'un État peut construire vite existe, mais elle reposait sur un tissu industriel, un cadre de financement et une acceptabilité qui se sont érodés depuis.

Ce précédent conforte la proposition.

France, EPR de Flamanville 2007-2024

Ce qui a été fait. Construction d'un réacteur de troisième génération annoncée pour cinq ans.

Ce qui s'est passé. Dix-sept ans de chantier et un coût multiplié par environ six par rapport au devis initial selon la Cour des comptes.

Ce que ça dit de la mesure. Le précédent le plus récent de la filière fragilise tout calendrier de relance rapide : la compétence industrielle promise est précisément ce qui a fait défaut.

Ce précédent la fragilise.

Ce que la proposition ne dit pas

Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.

Combien de réacteurs nouveaux, pour quelle puissance et à quelle échéance : le plan ne le dit pas.

L'arrêt des subventions vaut-il pour les contrats d'achat déjà signés ou seulement pour les nouveaux projets ?

Le texte ne dit pas comment le système électrique passe la décennie 2030, période où les réacteurs neufs ne produisent pas encore.

Le mode de financement, dette d'EDF, garantie publique ou tarif régulé, n'est pas indiqué.

Pour comprendre le fond du sujet

Le nucléaire

Relancer l'atome : nécessité climatique ou pari industriel risqué ?

La France tire environ deux tiers de son électricité de 56 réacteurs, héritage du plan Messmer (1974). Après des décennies de gel, la relance est actée — 6 à 14 EPR2 selon les scénarios, jusqu'à 20 pour certains programmes. Le débat 2027 oppose relance accélérée, mix équilibré avec les renouvelables, et sortie progressive.

Les sources