Proposition de Bruno Retailleau (LR) · Économie & finances publiques
Supprimer 250 000 à 300 000 postes publics grâce à l'IA
Réduire les effectifs de la fonction publique de 250 000 à 300 000 postes sur le quinquennat, en s'appuyant sur l'automatisation des tâches administratives et le déploiement de l'intelligence artificielle dans les services de l'État.
Chiffrage : Ordre de grandeur d'économies de 10 à 15 Md€ par an à terme, dans le prolongement du ratio observé lors de la RGPP.
Pourquoi cette proposition obtient 40 sur 100
La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.
Précision : 12 sur 25
La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?
La cible est chiffrée, 250 000 à 300 000 postes, et bornée au quinquennat, ce qui vaut mieux qu'une intention. Mais aucune ventilation par ministère ni par versant de la fonction publique n'est fournie, aucun véhicule juridique n'est cité, et le levier annoncé, l'automatisation, n'est associé à aucun calendrier de déploiement.
Financement : 13 sur 25
Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?
Un ordre de grandeur est avancé, 10 à 15 Md€ par an à terme, et il est adossé à un ratio observé, celui de la RGPP, ce qui lui donne une base. Il n'est contre-expertisé par aucun organisme indépendant, et le précédent invoqué est justement celui où les économies constatées ont été inférieures aux annonces. Le coût d'investissement des systèmes nécessaires n'est pas déduit.
Appui économique : 8 sur 25
La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?
Le seul appui cité, la comparaison OCDE sur le niveau d'emploi public, mesure un écart, pas une capacité d'automatisation. En face, le paradoxe de Solow et la structure de l'emploi public français, concentré dans l'éducation, la santé et la sécurité, des métiers de présence humaine, vont directement contre le raisonnement. La note basse traduit ce déséquilibre entre les appuis et les objections.
Précédents : 7 sur 25
Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?
Les deux précédents versés au dossier sont classés mitigés et aucun ne conforte le calibrage : la RGPP a supprimé environ 150 000 postes en cinq ans avec un dispositif entièrement dédié, soit la moitié de la cible, et l'Estonie a bâti son administration numérique sans stock de procédures ni de statuts à défaire. Il n'existe pas d'exemple d'une baisse d'effectifs de cette ampleur obtenue par la technologie.
Ce qui plaide pour
L'emploi public français est parmi les plus élevés de l'OCDE rapporté à la population active : la comparaison internationale laisse une marge théorique réelle. (OCDE, « Government at a Glance »)
Une part importante des tâches administratives, instruction de dossiers, réponses standardisées, contrôle de cohérence, est effectivement automatisable avec les technologies actuelles. (Études sur l'automatisation des tâches administratives)
Ce qui plaide contre
Les gains de productivité des technologies de l'information dans le secteur public sont historiquement lents et décalés : c'est le « paradoxe de Solow », qui n'a jamais cessé de s'appliquer à l'administration. (Solow (1987) ; littérature sur l'informatisation du secteur public)
L'essentiel de l'emploi public français est concentré dans l'éducation, la santé et la sécurité : des métiers de présence humaine, très peu automatisables. Retirer 300 000 postes suppose donc d'y toucher. (DGAFP, structure de l'emploi public)
La RGPP a supprimé environ 150 000 postes en cinq ans avec un dispositif entièrement dédié : atteindre le double suppose un rythme sans précédent. (Évaluations de la RGPP (2012))
La cible varie entre 80 Md€ et 50 Md€ d'économies selon les documents publiés, ce qui affaiblit la lisibilité de l'engagement. (Comparaison des documents programmatiques LR 2026)
Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée
France, RGPP 2007-2012
Ce qui a été fait. Non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite.
Ce qui s'est passé. Environ 150 000 postes en moins, économies inférieures aux annonces, dégradation documentée de plusieurs services de proximité.
Ce que ça dit de la mesure. Le précédent français le plus proche montre à la fois qu'une baisse d'effectifs est réalisable et que son rendement budgétaire est surestimé au moment de l'annonce.
Ce précédent donne un résultat ambigu.
Estonie (e-gouvernement)
Ce qui a été fait. Numérisation intégrale des services publics, identité numérique, guichet unique.
Ce qui s'est passé. Administration réputée parmi les plus efficaces d'Europe, coûts administratifs faibles.
Ce que ça dit de la mesure. La preuve que la technologie peut réduire l'administration existe : mais l'Estonie a construit son État numérique en partant d'une page blanche en 1991, sans stock de procédures ni de statuts à défaire.
Ce précédent donne un résultat ambigu.
Ce que la proposition ne dit pas
Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.
La cible porte-t-elle sur la seule fonction publique d'État ou inclut-elle les versants hospitalier et territorial, que le président ne pilote pas directement ?
Le texte ne dit pas quels ministères supportent la baisse, alors que l'essentiel des effectifs se trouve dans l'éducation, la santé et la sécurité.
Le coût d'acquisition et de maintenance des outils d'automatisation n'est pas déduit des 10 à 15 Md€ annoncés.
L'écart entre les documents, 250 000 ou 300 000 postes, et entre les cibles d'économies, 50 ou 80 Md€, n'est arbitré nulle part.
Pour comprendre le fond du sujet
La dette publique et le multiplicateur
À 110 % du PIB, la dette française est-elle un danger ou un épouvantail ?
La dette publique française dépasse 110 % du PIB, et la charge d'intérêts redevient l'un des premiers budgets de l'État. Deux concepts organisent le débat : la soutenabilité (peut-on toujours refinancer ?) et le multiplicateur budgétaire (combien un euro public dépensé ou coupé change-t-il l'activité ?).