1 million de logements supplémentaires en cinq ans
« Rompre avec 40 ans de pénurie organisée » : produire 1 million de logements supplémentaires entre 2027 et 2032 par un choc d'offre. Le plan supprime le « zéro artificialisation nette », met fin aux interdictions de location fondées sur le DPE (450 000 logements maintenus en location selon le candidat), crée un statut du bailleur privé avec amortissement fiscal (350 000 logements attendus), mise sur la transformation de bureaux (150 000) et les friches (50 000), rend la main aux maires, restitue aux communes 9 000 euros de TVA par logement neuf, supprime l'encadrement des loyers et fait voter une loi d'urgence ramenant les délais des projets de sept à trois ans, sur le modèle du chantier de Notre-Dame.
Chiffrage : Objectif quantitatif décomposé par le candidat : 450 000 logements via la fin des interdictions DPE, 350 000 via le statut du bailleur privé, 150 000 par transformation de bureaux, 50 000 sur les friches. Le coût des dépenses fiscales associées, amortissement, PTZ élargi, déduction des intérêts d'emprunt, n'est pas chiffré.
Pourquoi cette proposition obtient 40 sur 100
La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.
Précision : 14 sur 25
La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?
L'objectif est décomposé poste par poste, 450 000 logements par la fin des interdictions liées au DPE, 350 000 par le statut du bailleur privé, 150 000 par transformation de bureaux, 50 000 sur les friches, et le véhicule est nommé, une loi d'urgence ramenant les délais de sept à trois ans. La décomposition porte cependant sur des effets attendus, pas sur des dispositifs déjà calibrés, ce qui plafonne la note.
Financement : 8 sur 25
Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?
Le coût des dépenses fiscales associées, amortissement du bailleur privé, prêt à taux zéro élargi, déduction des intérêts d'emprunt, n'est pas chiffré, pas davantage que la restitution de 9 000 euros de TVA par logement neuf aux communes. Aucune contre-expertise externe n'est versée. C'est le point le plus faible du plan, alors même que la Cour des comptes a jugé le Pinel coûteux au regard de son efficacité.
Appui économique : 10 sur 25
La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?
Le diagnostic d'une crise de l'offre est partagé par la quasi-totalité des acteurs, et le statut du bailleur privé figure dans plusieurs rapports parlementaires récents. Le remède choisi est en revanche celui dont l'évaluation est la plus défavorable : la Cour des comptes documente des effets d'aubaine importants sur toute la lignée des dispositifs fiscaux, de Robien à Pinel.
Précédents : 8 sur 25
Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?
L'Allemagne s'est fixé depuis 2021 un objectif de 400 000 logements par an et ne l'a jamais atteint, précédent classé défavorable qui montre que le levier réglementaire seul ne suffit pas face aux taux et aux coûts. Les dispositifs français de Robien à Pinel ont bien soutenu les mises en chantier, mais à un coût public par logement très élevé, ce qui a conduit à l'extinction du Pinel fin 2024.
Ce qui plaide pour
Le diagnostic d'une crise de l'offre est partagé par la quasi-totalité des acteurs : la construction neuve s'est effondrée depuis 2022 et les besoins sont évalués nettement au-dessus des mises en chantier actuelles. (Statistiques de la construction, ministère du Logement ; fédérations professionnelles)
La fin des interdictions de location liées au DPE agit immédiatement sur le stock existant, sans dépense budgétaire directe. (Présentation du plan, 28 mai 2026)
Le statut du bailleur privé avec amortissement figure dans plusieurs rapports parlementaires récents et fait l'objet d'un relatif consensus dans le secteur. (Rapports parlementaires sur la fiscalité locative (2024-2025))
Ce qui plaide contre
L'histoire des dispositifs fiscaux du logement, de Robien à Pinel, est celle de coûts élevés pour des effets d'aubaine importants : la Cour des comptes a jugé le Pinel coûteux et peu efficace. (Cour des comptes, évaluation des aides fiscales à l'investissement locatif)
Une large part du « million » repose sur des logements maintenus en location plutôt que construits : l'effet net sur l'offre nouvelle est difficile à vérifier, et l'abandon du DPE et du ZAN revient sur des objectifs environnementaux votés, en tension avec le droit européen sur la performance énergétique des bâtiments. (Directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments ; décomposition du plan)
La capacité de production de la filière, foncier, main-d'œuvre, coûts de construction et taux d'intérêt, limite le rythme réel, quel que soit le cadre réglementaire. (Conjoncture de la construction, fédérations professionnelles du bâtiment)
Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée
Allemagne, depuis 2021
Ce qui a été fait. Objectif gouvernemental de 400 000 logements neufs par an inscrit dans le contrat de coalition.
Ce qui s'est passé. Jamais atteint : autour de 295 000 logements en 2023, puis en baisse, malgré un volontarisme affiché comparable.
Ce que ça dit de la mesure. Les objectifs quantitatifs nationaux de construction se heurtent aux taux d'intérêt et aux coûts plus qu'aux règles d'urbanisme : le levier réglementaire seul ne suffit pas.
Ce précédent la fragilise.
France, dispositifs Robien à Pinel, 2003-2024
Ce qui a été fait. Successions d'incitations fiscales à l'investissement locatif pour stimuler la construction.
Ce qui s'est passé. Soutien réel aux mises en chantier, mais coût par logement très élevé et zonages mal ciblés, conduisant à l'extinction du Pinel fin 2024.
Ce que ça dit de la mesure. La dépense fiscale produit du logement, mais à un coût public élevé : le chiffrage absent du plan est précisément le point dur.
Ce précédent donne un résultat ambigu.
Ce que la proposition ne dit pas
Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.
Sur le million annoncé, quelle part correspond à des logements réellement construits et quelle part à des logements seulement maintenus en location ?
La fin des interdictions de location fondées sur le DPE est-elle compatible avec la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments, et sinon, que prévoit le programme ?
Le coût annuel des dépenses fiscales du plan n'est pas publié, ni son inscription dans la trajectoire d'économies annoncée par ailleurs.
Rien n'indique comment la filière absorbe le surcroît de production, alors que le foncier et la main-d'œuvre sont identifiés comme facteurs limitants.
Pour comprendre le fond du sujet
L'encadrement des loyers
Plafonner les loyers protège-t-il les locataires — ou assèche-t-il l'offre ?
L'encadrement plafonne le loyer qu'un bailleur peut demander, en niveau (loyer de référence majoré, comme à Paris depuis 2019) ou en évolution (gel, plafonnement des hausses). C'est l'un des rares sujets où l'écart entre l'opinion des économistes et celle du public est béant.