Proposition de Nicolas Dupont-Aignan (DLF) · Travail, salaires & pouvoir d'achat

Augmenter les salaires nets de 8 % jusqu'à 3 SMIC par la baisse des cotisations salariales

Baisser les cotisations sociales salariales pour augmenter de 8 % le salaire net de tous les salariés jusqu'à 3 SMIC, soit l'équivalent d'un 13e mois, sans renchérir le coût du travail pour l'employeur. La montée en charge serait progressive sur le quinquennat, au rythme des recettes dégagées.

Chiffrage : Chiffré par le parti à 20 Md€ par an en fin de montée en charge, au sein d'une enveloppe « récompenser le travail » de 30 Md€ par an, gagée sur des économies (fraude sociale et fiscale, contribution nette à l'UE, train de vie de l'État) et un surcroît de croissance attendu.

Pourquoi cette proposition obtient 49 sur 100

La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.

Précision : 16 sur 25

La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?

C'est le point fort de la proposition : l'instrument est nommé, les cotisations sociales salariales, la cible est bornée, jusqu'à 3 SMIC, l'ampleur est fixée à 8 % de net, et la montée en charge est décrite, de 5 à 20 Md€ par an sur le quinquennat. Ce qui manque est la répartition entre les régimes concernés, retraites complémentaires et assurance chômage étant gérées par les partenaires sociaux et non par l'État.

Financement : 10 sur 25

Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?

La mesure est chiffrée, 20 Md€ par an en régime de croisière au sein d'une enveloppe de 30 Md€, ce qui la place au-dessus de la moyenne. Mais les gages sont contestés dans la mesure même : la Cour des comptes évalue les montants récupérables sur la fraude très en dessous des chiffres du débat public, la contribution nette à l'Union ne peut être reprise sans rupture des traités, et le surcroît de croissance attendu n'est pas documenté.

Appui économique : 10 sur 25

La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?

La mécanique n'est pas contestée : une bascule de cotisations salariales augmente le net sans renchérir le coût du travail. Le désaccord porte sur la contrepartie, ces cotisations finançant des droits contributifs. La réforme de 2018, seule comparable, n'a été possible que parce qu'une recette de substitution explicite existait, 1,7 point de CSG, précisément ce que le projet exclut.

Précédents : 13 sur 25

Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?

Le précédent français de 2018 est direct et techniquement concluant, environ 260 € de gain net annuel au niveau du SMIC et une mise en œuvre sans incident ; il n'est mitigé que sur le point qui pose problème ici, le financement. La loi TEPA de 2007-2012, autre dispositif d'augmentation du revenu net du travail, a coûté environ 4,5 Md€ par an pour un effet faible sur les heures travaillées et l'emploi.

Ce qui plaide pour

Le mécanisme ne renchérit pas le coût du travail : contrairement à une hausse du salaire brut, la bascule des cotisations salariales augmente le net sans toucher à ce que paie l'employeur. (Mécanique des prélèvements sur les salaires)

Le précédent de 2018 a fonctionné techniquement : la suppression des cotisations salariales maladie (0,75 point) et chômage (2,4 points) a été mise en œuvre sans incident et a augmenté le salaire net d'environ 1,45 point de brut. (Loi de financement de la sécurité sociale pour 2018)

La montée en charge progressive affichée (de 5 à 20 Md€ par an) évite un choc budgétaire immédiat et conditionne le rythme aux recettes effectivement dégagées. (Le chiffrage du projet, Debout la France)

Ce qui plaide contre

Les cotisations salariales financent des droits contributifs (retraites complémentaires, assurance chômage) gérés par les partenaires sociaux : les réduire suppose une compensation budgétaire permanente de l'État, soit 20 Md€ à trouver chaque année. (Architecture du financement de la protection sociale)

Les gages avancés sont contestés : les montants effectivement récupérables sur la fraude sociale sont évalués par la Cour des comptes très en dessous des chiffres circulant dans le débat public, et la contribution nette à l'UE ne peut être reprise sans rupture des traités. (Cour des comptes, travaux sur la fraude aux prélèvements et aux prestations)

En 2018, la bascule n'a été possible que parce qu'une recette de substitution explicite existait (hausse de 1,7 point de CSG) ; le projet exclut ce type de compensation, ce qui reporte le coût sur le déficit tant que les économies promises ne sont pas réalisées. (Comparaison avec la réforme de 2018)

Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée

France, 2018

Ce qui a été fait. Suppression des cotisations salariales maladie et chômage, compensée par une hausse de 1,7 point de CSG élargie aux revenus du capital et de remplacement.

Ce qui s'est passé. Gain net d'environ 260 € par an au niveau du SMIC, mise en œuvre sans difficulté technique, financement assuré par la recette de substitution.

Ce que ça dit de la mesure. La bascule fonctionne quand une recette de substitution explicite existe ; le projet s'en remet à des économies futures, ce qui en est le point faible.

Ce précédent donne un résultat ambigu.

France, 2007-2012 (loi TEPA)

Ce qui a été fait. Exonération fiscale et sociale des heures supplémentaires, autre dispositif visant à augmenter le revenu net du travail.

Ce qui s'est passé. Coût d'environ 4,5 Md€ par an ; les évaluations concluent à un effet faible sur les heures travaillées et l'emploi ; le dispositif a été supprimé en 2012 puis partiellement rétabli.

Ce que ça dit de la mesure. Augmenter le revenu net du travail par exonération soutient le pouvoir d'achat des salariés en poste mais n'a pas d'effet démontré sur le volume d'emploi.

Ce précédent donne un résultat ambigu.

Ce que la proposition ne dit pas

Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.

Quelles cotisations exactement sont abaissées, et comment sont compensés les régimes contributifs gérés par les partenaires sociaux ?

Que se passe-t-il si les économies gagées, fraude, contribution européenne, train de vie de l'État, ne se matérialisent pas au rythme prévu : la mesure est-elle suspendue, ou reportée sur le déficit ?

Quel surcroît de croissance est supposé dans le financement, et sur quelle hypothèse de comportement repose-t-il ?

Le seuil de 3 SMIC est-il un plafond de revenu éligible ou un plafond d'avantage, deux options aux coûts très différents ?

Pour comprendre le fond du sujet

La dette publique et le multiplicateur

À 110 % du PIB, la dette française est-elle un danger ou un épouvantail ?

La dette publique française dépasse 110 % du PIB, et la charge d'intérêts redevient l'un des premiers budgets de l'État. Deux concepts organisent le débat : la soutenabilité (peut-on toujours refinancer ?) et le multiplicateur budgétaire (combien un euro public dépensé ou coupé change-t-il l'activité ?).

Les sources