Proposition de Nicolas Dupont-Aignan (DLF) · Sécurité & justice
Créer 40 000 places de prison supplémentaires
Construire 40 000 places de prison en cinq ans, dont 20 000 par réhabilitation de casernes désaffectées et 20 000 dans des structures adaptées aux courtes peines, aux femmes et aux mineurs, avec le recrutement de 20 000 surveillants pénitentiaires supplémentaires.
Chiffrage : Chiffré par le parti à environ 2 Md€ par an en fin de quinquennat, soit 8,7 Md€ cumulés sur cinq ans, surveillants compris. À titre de comparaison, le plan public de 15 000 places est passé de 3,9 à 5,7 Md€ pour les seules constructions.
Pourquoi cette proposition obtient 41 sur 100
La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.
Précision : 15 sur 25
La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?
La mesure décrit son mode opératoire, ce qui est rare : 20 000 places par réhabilitation de casernes désaffectées, 20 000 en structures adaptées aux courtes peines, aux femmes et aux mineurs, et 20 000 surveillants recrutés. Le recours à des emprises publiques existantes vise explicitement le foncier, principal facteur de retard des programmes précédents. Aucun échéancier de livraison n'est en revanche donné à l'intérieur des cinq ans annoncés.
Financement : 9 sur 25
Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?
Un chiffrage existe, environ 2 Md€ par an en fin de quinquennat et 8,7 Md€ cumulés, surveillants compris. Il est contredit par les coûts constatés : environ 220 000 € par place surveillance comprise, quand le plan « 15 000 places » ressort à près de 380 000 € par place construite. L'écart, de l'ordre de 70 %, n'est justifié par aucune hypothèse explicitée.
Appui économique : 11 sur 25
La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?
Le constat est solide et partagé : 84 555 détenus pour moins de 63 000 places en septembre 2025, et une condamnation de la CEDH en 2020 qui fait de la résorption une obligation juridique. La contestation porte sur le levier, le Conseil de l'Europe recommandant des mécanismes de régulation carcérale plutôt que la seule extension du parc quand la population détenue croît plus vite que les livraisons.
Précédents : 6 sur 25
Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?
Le précédent national le plus proche est nettement défavorable : deux ans avant son échéance, le plan « 15 000 places » n'avait livré que 5 411 places, soit 35 % de l'objectif, pour un coût en hausse de 46 %. Viser 40 000 places en cinq ans revient à promettre près de trois fois l'objectif que l'État n'a pas su tenir en dix ans. Le cas néerlandais rappelle par ailleurs que le besoin de places dépend d'abord de la politique pénale.
Ce qui plaide pour
La surpopulation est massive et documentée : 84 555 détenus pour moins de 63 000 places en septembre 2025, soit une densité de 135 %, avec des matelas au sol dans les maisons d'arrêt. (Cour des comptes, audit flash sur le plan 15 000 places (décembre 2025))
La France a été condamnée par la CEDH en 2020 pour conditions de détention indignes et sommée de résorber la surpopulation : créer des places répond aussi à une obligation juridique. (CEDH, J.M.B. et autres c. France, 30 janvier 2020)
La réutilisation d'emprises publiques existantes, comme des casernes désaffectées, peut raccourcir les délais fonciers, principal facteur de retard des programmes précédents. (Debout la France, projet « Sécurité »)
Ce qui plaide contre
Aucun programme pénitentiaire français récent n'a tenu ses délais : deux ans avant l'échéance, le plan 15 000 places n'avait livré que 5 411 places, soit 35 % de l'objectif, pour un coût passé de 3,9 à 5,7 Md€. (Cour des comptes, audit flash (décembre 2025))
Le chiffrage implique un coût par place très inférieur aux coûts constatés : environ 220 000 € par place surveillance comprise, quand le plan 15 000 ressort à près de 380 000 € par place construite. (Calcul à partir du chiffrage du parti et de l'audit de la Cour des comptes)
Construire ne résorbe pas la surpopulation si la population carcérale croît plus vite : le seuil de 75 000 détenus projeté pour 2027 a été franchi dès novembre 2023, et le Conseil de l'Europe recommande des mécanismes de régulation plutôt que la seule extension du parc. (Cour des comptes ; Conseil de l'Europe, travaux sur la surpopulation carcérale)
Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée
France, plan « 15 000 places » (2018-2027)
Ce qui a été fait. Programme public de construction de 15 000 places de prison en deux tranches.
Ce qui s'est passé. 5 411 places livrées fin 2025, soit 35 % de l'objectif deux ans avant l'échéance, un coût en hausse de 46 % et une densité carcérale montée à 135 % pendant la même période.
Ce que ça dit de la mesure. Le foncier, les recours et la conduite de projet font dérailler les programmes pénitentiaires français : viser 40 000 places en cinq ans, c'est promettre près de trois fois l'objectif que l'État n'a pas su tenir en dix ans.
Ce précédent la fragilise.
Pays-Bas, années 2000-2010
Ce qui a été fait. Extension puis contraction du parc carcéral : après une forte hausse de la capacité, le pays a fermé plus de vingt établissements entre 2013 et 2018.
Ce qui s'est passé. La baisse de la population carcérale, liée au recul de la délinquance enregistrée et au recours accru aux peines alternatives et à la surveillance électronique, a laissé des prisons vides.
Ce que ça dit de la mesure. Le besoin de places dépend d'abord de la politique pénale : un même pays peut passer du manque à l'excédent en une décennie.
Ce précédent donne un résultat ambigu.
Ce que la proposition ne dit pas
Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.
Quelles casernes désaffectées sont réellement mobilisables, pour combien de places, et à quel coût de mise aux normes pénitentiaires ?
Comment expliquer un coût par place inférieur de plus de 40 % à celui constaté sur le plan « 15 000 places » ?
Le recrutement de 20 000 surveillants en cinq ans est-il compatible avec la capacité de formation de l'administration pénitentiaire ?
Quelle politique de régulation accompagne la construction, la population détenue ayant dépassé dès 2023 la projection retenue pour 2027 ?