Proposition de Jean-Luc Mélenchon (LFI) · Retraites
Retraite à 60 ans à taux plein pour 40 annuités
Revenir sur les réformes de 2010 et 2023 en rétablissant l'âge légal à 60 ans avec 40 années de cotisation pour le taux plein, et porter le minimum de pension au niveau du SMIC revalorisé pour une carrière complète.
Chiffrage : Coût estimé par les analyses externes entre 60 et 100 Md€ par an à horizon de montée en charge ; l'Institut Montaigne (think-tank libéral) chiffrait la version 2022 de la mesure, minimum vieillesse compris, à 85,8 Md€ par an. LFI table sur la hausse des salaires, l'emploi des seniors et la fin d'exonérations de cotisations.
Pourquoi cette proposition obtient 39 sur 100
La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.
Précision : 17 sur 25
La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?
Les paramètres sont posés sans ambiguïté : âge légal à 60 ans, 40 annuités pour le taux plein, minimum de pension au niveau du SMIC revalorisé pour une carrière complète. Le véhicule est connu et la France l'a déjà emprunté en 1982. La réserve porte sur l'absence de calendrier de montée en charge et sur le sort des générations en cours de liquidation.
Financement : 5 sur 25
Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?
C'est la note la plus basse de la fiche et l'écart la justifie : les analyses externes situent le coût entre 60 et 100 Md€ par an, l'Institut Montaigne, étiqueté libéral, chiffrant la version 2022 à 85,8 Md€ par an, minimum vieillesse compris. En face, le financement annoncé repose sur des recettes conditionnelles, hausse des salaires, emploi des seniors, fin d'exonérations, qui interviendraient après la dépense et ne sont pas documentées.
Appui économique : 7 sur 25
La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?
Un appui existe et il est établi : l'espérance de vie en bonne santé plafonne autour de 64 ans, et les écarts entre catégories sociales atteignent près de treize ans chez les hommes, ce qui affaiblit l'argument d'un âge uniforme. Mais aucun travail ne soutient la soutenabilité du paramètre proposé : le ratio cotisants sur retraités continue de se dégrader et aucun pays européen ne s'engage dans cette direction.
Précédents : 10 sur 25
Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?
La France l'a fait en 1982 : la faisabilité juridique n'est pas en cause, et le précédent est classé mitigé parce que le déséquilibre qui a suivi a nourri toutes les réformes depuis 1993. La Pologne a également abaissé son âge en 2017, avec une dégradation rapide du solde du système et une alerte de la Commission européenne. Les deux cas confirment l'applicabilité et le coût, pas la soutenabilité.
Ce qui plaide pour
L'espérance de vie en bonne santé, environ 64 ans, progresse beaucoup moins vite que l'espérance de vie totale, ce qui fragilise l'argument démographique standard. (DREES, indicateurs d'espérance de vie sans incapacité)
Les écarts d'espérance de vie entre catégories sociales atteignent près de 13 ans entre les 5 % les plus riches et les 5 % les plus pauvres chez les hommes : un âge légal uniforme est régressif. (INSEE, « L'espérance de vie par niveau de vie » (2018))
Le COR a plusieurs fois indiqué que la dépense de retraite rapportée au PIB était globalement stabilisée, ce qui affaiblit le récit d'une explosion inéluctable. (Conseil d'orientation des retraites, rapports annuels)
Ce qui plaide contre
Le ratio cotisants/retraités continue de se dégrader ; à taux de cotisation constant, un abaissement de l'âge légal ne peut être financé que par un transfert massif depuis d'autres postes. (COR, projections démographiques)
Aucun pays européen ne baisse son âge de départ : la trajectoire est partout inverse (Allemagne 67, Italie 67, Espagne 67 à terme). (Commission européenne, Ageing Report)
Le financement repose sur des recettes conditionnelles, hausse des salaires, croissance retrouvée, qui interviendraient après la dépense, et non avant. (Critique récurrente des chiffrages LFI par l'OFCE et l'Institut Montaigne)
Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée
France, 1982
Ce qui a été fait. Abaissement de l'âge de la retraite de 65 à 60 ans par ordonnance.
Ce qui s'est passé. Mesure appliquée effectivement, très populaire, mais suivie d'un déséquilibre structurel des régimes qui a nourri toutes les réformes ultérieures (1993, 2003, 2010, 2014, 2023).
Ce que ça dit de la mesure. La faisabilité juridique n'est pas en cause : la France l'a déjà fait. C'est la soutenabilité à vingt ans qui l'est.
Ce précédent donne un résultat ambigu.
Pologne, 2017
Ce qui a été fait. Retour en arrière sur le relèvement de l'âge légal, ramené à 60 ans pour les femmes et 65 pour les hommes.
Ce qui s'est passé. Application effective, mais dégradation rapide du solde du système et alerte de la Commission européenne sur la soutenabilité.
Ce que ça dit de la mesure. Un pays de l'UE a bel et bien abaissé son âge de départ récemment. Le coût budgétaire s'est matérialisé comme annoncé par les critiques.
Ce précédent donne un résultat ambigu.
Ce que la proposition ne dit pas
Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.
Quel calendrier de montée en charge, et quelles générations sont concernées en premier ?
Le programme ne dit pas ce qui se passe si les recettes attendues de la hausse des salaires et de l'emploi des seniors n'arrivent pas au rythme prévu.
Le sort des régimes complémentaires, gérés par les partenaires sociaux, n'est pas précisé.
Rien n'indique quelles exonérations de cotisations seraient supprimées, ni pour quel rendement.
Pour comprendre le fond du sujet
Retraites : âge, répartition, capitalisation
60, 64, 67 ans — et qui paie l'écart ?
Le système français repose sur la répartition : les cotisations des actifs paient les pensions du moment. Son équilibre dépend du rapport cotisants/retraités, qui se dégrade avec la démographie. Les leviers possibles : l'âge de départ, le niveau des pensions, le taux de cotisation — ou l'ajout d'une dose de capitalisation.