Proposition de Jean-Luc Mélenchon (LFI) · Économie & finances publiques
Plan de relance et de bifurcation écologique
Engager un plan d'investissement public pluriannuel dans la rénovation thermique, le ferroviaire, les énergies renouvelables et les services publics, piloté par une planification écologique contraignante. Le financement repose sur l'emprunt, la fiscalité du capital et le rendement attendu de la croissance recréée.
Chiffrage : Coût total du programme estimé entre 150 et 200 Md€ par an par les analyses externes ; LFI revendique un chiffrage à l'équilibre grâce aux recettes induites. Pour la version 2022 du programme, l'Institut Montaigne (think-tank libéral) évaluait les dépenses nouvelles à 331,6 Md€ par an, contre 250 Md€ revendiqués par le candidat, soit un déficit supplémentaire d'environ 219 Md€ par an après prise en compte des recettes.
Pourquoi cette proposition obtient 45 sur 100
La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.
Précision : 15 sur 25
La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?
Les secteurs d'investissement sont nommés, rénovation thermique, ferroviaire, renouvelables, services publics, et l'instrument est identifié, une planification écologique contraignante. Ce qui manque pour aller plus haut : la répartition annuelle des montants, le véhicule budgétaire, et le contenu juridique du caractère contraignant de la planification.
Financement : 7 sur 25
Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?
L'écart entre les chiffrages est le point décisif : le candidat revendique un programme à l'équilibre grâce aux recettes induites, quand l'Institut Montaigne, étiqueté libéral, évaluait pour la version 2022 les dépenses nouvelles à 331,6 Md€ par an contre 250 Md€ annoncés, soit environ 219 Md€ de déficit supplémentaire par an après recettes. L'hypothèse d'un retour de recettes très rapide est contestée jusque par l'OFCE, et elle n'est pas arbitrée.
Appui économique : 11 sur 25
La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?
L'appui existe et il est sérieux : la révision à la hausse des multiplicateurs budgétaires après 2008 par Blanchard et Leigh, et le rendement social de l'investissement de transition documenté par le rapport Pisani-Ferry et Mahfouz. Mais ce corpus est conditionnel, il vaut en sous-emploi et à taux bas, et le dossier ne démontre pas que ces conditions sont réunies avec une dette supérieure à 110 % du PIB.
Précédents : 12 sur 25
Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?
Les deux précédents se contredisent, d'où une note médiane. Les États-Unis de 2021-2023 montrent qu'une relance de cette taille produit croissance et emploi, au prix d'un pic d'inflation à 9 % et avec la monnaie de réserve mondiale. La France de 1981-1983 est classée défavorable : la demande supplémentaire est partie en importations, trois dévaluations et le tournant de la rigueur ont suivi.
Ce qui plaide pour
Dans une économie en sous-emploi, un euro dépensé par l'État peut générer plus d'un euro d'activité : c'est l'effet multiplicateur, révisé nettement à la hausse après 2008. (Blanchard & Leigh, FMI, « Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers » (2013))
L'investissement public dans les infrastructures et la transition a un rendement social élevé et durablement supérieur au coût de la dette quand les taux sont bas. (Rapport Pisani-Ferry / Mahfouz sur les incidences économiques de l'action climatique (2023))
La rénovation thermique et le ferroviaire sont des dépenses à contenu importé faible : l'essentiel de l'argent reste dans l'économie domestique. (France Stratégie)
Ce qui plaide contre
Le multiplicateur budgétaire s'effondre quand l'économie est proche du plein emploi de ses capacités : le supplément de demande part alors en importations et en inflation, pas en production. (Consensus macroéconomique post-2021 sur les plans de relance)
Avec une dette publique supérieure à 110 % du PIB, un choc de dépense non financé se paie en prime de risque sur les taux souverains : l'épisode du « mini-budget » britannique de 2022 en est l'illustration directe. (Marchés obligataires, épisode Truss/Kwarteng, septembre 2022)
Le chiffrage à l'équilibre suppose un retour de recettes très rapide : c'est l'hypothèse la plus contestée du programme, y compris par des économistes de gauche. (OFCE, notes de chiffrage des programmes)
Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée
États-Unis, 2021-2023 (American Rescue Plan / IRA)
Ce qui a été fait. Relance budgétaire massive combinant transferts aux ménages et subventions à l'industrie verte.
Ce qui s'est passé. Croissance et emploi nettement supérieurs à l'Europe, mais pic d'inflation à 9 % en 2022, imputé pour partie à l'ampleur des transferts.
Ce que ça dit de la mesure. Une relance de cette taille fonctionne sur l'activité, mais le prix payé côté inflation est réel : et les États-Unis émettent la monnaie de réserve mondiale, pas la France.
Ce précédent donne un résultat ambigu.
France, 1981-1983
Ce qui a été fait. Relance par la consommation, hausse du SMIC et des minima sociaux, nationalisations.
Ce qui s'est passé. La demande supplémentaire s'est portée sur les importations ; trois dévaluations et le « tournant de la rigueur » de 1983.
Ce que ça dit de la mesure. Précédent le plus cité contre le programme : une relance isolée dans une économie ouverte fuit par la balance commerciale. LFI répond que la planification écologique et le protectionnisme ciblé traitent précisément ce défaut.
Ce précédent la fragilise.
Ce que la proposition ne dit pas
Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.
Quelle est la répartition annuelle de l'investissement, et quelle part passe par l'emprunt plutôt que par les recettes fiscales nouvelles ?
Le programme ne dit pas ce qui se passe si les recettes induites attendues n'arrivent pas au rythme prévu.
Le caractère contraignant de la planification écologique n'est pas défini juridiquement : qui décide, qui sanctionne ?
Le risque de taux associé à un choc de dépense non financé, cité au titre de l'épisode britannique de 2022, n'est ni évalué ni couvert.
Pour comprendre le fond du sujet
La dette publique et le multiplicateur
À 110 % du PIB, la dette française est-elle un danger ou un épouvantail ?
La dette publique française dépasse 110 % du PIB, et la charge d'intérêts redevient l'un des premiers budgets de l'État. Deux concepts organisent le débat : la soutenabilité (peut-on toujours refinancer ?) et le multiplicateur budgétaire (combien un euro public dépensé ou coupé change-t-il l'activité ?).
Désobéir aux traités européens
Un État membre peut-il appliquer son programme contre le droit de l'UE ?
Plusieurs programmes 2027 — de LFI au RN — prévoient d'appliquer des mesures contraires au droit européen (règles budgétaires, concurrence, marché de l'énergie, immigration), en « désobéissant » aux traités ou en invoquant la primauté du droit national, sans sortir de l'Union.