Proposition de Marine Le Pen (RN) · Santé & hôpital

Supprimer l'aide médicale d'État au profit d'une aide d'urgence vitale

Remplacer l'AME, qui couvre les soins des étrangers en situation irrégulière résidant en France depuis plus de trois mois, par une aide limitée aux urgences vitales. La mesure est présentée à la fois comme une économie budgétaire et comme la suppression d'un facteur d'attractivité migratoire.

Chiffrage : L'AME a coûté environ 1,2 Md€ en 2023 pour près de 466 000 bénéficiaires. L'économie brute maximale est donc de cet ordre, avant reports de coûts vers les urgences hospitalières et les prises en charge tardives, que les évaluations sanitaires jugent significatifs.

Pourquoi cette proposition obtient 35 sur 100

La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.

Précision : 16 sur 25

La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?

Le véhicule est simple et identifié : l'AME relève de la loi et de la loi de finances, une majorité peut donc la réformer sans révision constitutionnelle, et le dispositif de remplacement est nommé, une aide limitée aux urgences vitales. Ce qui n'est pas décrit, c'est le contenu médical de l'urgence vitale, qui détermine pourtant toute la portée de la mesure.

Financement : 11 sur 25

Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?

L'ordre de grandeur est connu et vérifiable : environ 1,2 Md€ en 2023 pour près de 466 000 bénéficiaires, ce qui borne l'économie brute maximale. Mais l'économie nette n'est pas établie : les reports de coûts vers les urgences hospitalières et les prises en charge tardives sont jugés significatifs par les évaluations sanitaires, et ils ne sont pas déduits.

Appui économique : 4 sur 25

La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?

Le corpus disponible est frontalement défavorable, d'où une note proche du plancher. Le rapport commandé par le gouvernement à Claude Évin et Patrick Stefanini conclut que l'AME est un dispositif « utile » et « globalement maîtrisé » et ne recommande pas sa suppression. L'Académie nationale de médecine et les fédérations hospitalières relèvent le report vers les urgences et le risque collectif lié aux maladies transmissibles non traitées.

Précédents : 4 sur 25

Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?

Un seul précédent comparable est versé au dossier, l'Espagne de 2012 à 2018, et il est classé défavorable : hausse de la mortalité des sans-papiers de l'ordre de 20 % à trois ans selon les travaux universitaires, progression de maladies infectieuses, et rétablissement de la couverture universelle en 2018. Aucun exemple de restriction de ce type maintenue durablement n'est produit.

Ce qui plaide pour

La mesure est juridiquement simple : l'AME relève de la loi et de la loi de finances, un gouvernement disposant d'une majorité peut la réformer rapidement, sans révision constitutionnelle. (Débats budgétaires 2023-2026 sur les crédits de l'AME)

Une base politique existe au-delà du RN : le Sénat a voté à plusieurs reprises des restrictions du dispositif, encore lors du budget 2026 avec une baisse de 200 M€ de ses crédits. (Public Sénat, examen du budget 2026)

Ce qui plaide contre

Le rapport commandé par le gouvernement à Claude Évin et Patrick Stefanini conclut que l'AME est un dispositif « utile », « globalement maîtrisé », qui répond à des préoccupations de santé publique, et ne recommande pas sa suppression. (Rapport Évin-Stefanini, décembre 2023, présenté par LCP)

Restreindre la couverture ne supprime pas les malades : les pathologies non traitées se reportent vers les urgences, plus coûteuses, et le défaut de soins des maladies transmissibles crée un risque pour l'ensemble de la population. (Positions de l'Académie nationale de médecine et des fédérations hospitalières)

Le précédent étranger le plus proche, en Espagne, s'est soldé par une hausse documentée de la mortalité des sans-papiers, avant rétablissement de la couverture en 2018. (franceinfo, « Le vrai du faux » ; étude de l'Université de Barcelone (2018))

Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée

Espagne, 2012-2018

Ce qui a été fait. Restriction par décret-loi de la couverture santé des étrangers en situation irrégulière aux urgences, à la maternité et aux mineurs.

Ce qui s'est passé. Études universitaires concluant à une hausse de la mortalité des sans-papiers de l'ordre de 20 % à trois ans et à une progression de maladies infectieuses ; la couverture universelle a été rétablie en 2018.

Ce que ça dit de la mesure. Le précédent le plus comparable à la mesure proposée s'est traduit par des coûts humains et sanitaires documentés, sans économies nettes démontrées, et a fini par être abandonné.

Ce précédent la fragilise.

Ce que la proposition ne dit pas

Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.

Que recouvre l'urgence vitale : les maladies chroniques, le traitement des maladies transmissibles et le suivi de grossesse en font-ils partie ?

Le report de charge vers les urgences hospitalières n'est pas chiffré, alors qu'il détermine si l'économie nette existe.

Le texte ne dit pas ce qui est prévu pour les mineurs, traités séparément dans le précédent espagnol.

Rien n'indique comment la mesure s'articulerait avec le droit aux soins urgents déjà reconnu et avec les obligations déontologiques des soignants.

Pour comprendre le fond du sujet

Immigration et économie

Coût ou moteur : que disent vraiment les chiffres ?

Au-delà des débats identitaires, l'immigration a des effets économiques mesurables : sur les finances publiques (impôts payés vs prestations reçues), sur les salaires et l'emploi des natifs, et sur les secteurs en tension. C'est l'un des sujets où l'écart entre perceptions et littérature académique est le plus large.

Les sources