Proposition de Nathalie Arthaud (LO) · Travail, salaires & pouvoir d'achat
Interdire les licenciements, répartir le travail entre tous
Pour que personne ne soit condamné au chômage, interdire les suppressions d'emplois et imposer que le travail soit réparti entre tous, sans perte de salaire : recenser les besoins d'embauches atelier par atelier et service par service, baisser le temps et la charge de travail, et créer « des centaines de milliers d'emplois » dans les hôpitaux, les Ehpad, l'éducation et les transports publics.
Chiffrage : Non chiffré par la candidate. Elle cite, d'après la CGT, quelque 500 plans de licenciements en cours et 200 000 à 300 000 emplois directement menacés.
Pourquoi cette proposition obtient 23 sur 100
La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.
Précision : 8 sur 25
La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?
La méthode de recensement des besoins est indiquée, atelier par atelier et service par service, mais aucun véhicule juridique n'est proposé : la candidate présente elle-même la mesure comme un objectif à imposer au patronat par les luttes, non comme une loi à faire voter. Ni le périmètre des entreprises concernées, ni la durée du travail visée, ni les modalités de la compensation salariale ne sont fixés.
Financement : 5 sur 25
Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?
La mesure n'est pas chiffrée. Les seuls chiffres avancés portent sur le problème, environ 500 plans de licenciements en cours et 200 000 à 300 000 emplois menacés d'après la CGT, pas sur le coût de la solution. Les « centaines de milliers d'emplois » à créer dans les hôpitaux, les Ehpad, l'éducation et les transports publics sont des dépenses publiques dont ni le montant ni la ressource ne sont indiqués.
Appui économique : 4 sur 25
La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?
Un obstacle constitutionnel précis est documenté : le Conseil constitutionnel a censuré en 2002 une simple restriction de la définition du licenciement économique au nom de la liberté d'entreprendre, ce qui place une interdiction pure hors du cadre en vigueur. L'objection économique est également établie par les indicateurs de l'OCDE : une protection très stricte de l'emploi décourage l'embauche et pèse sur les entrants, jeunes et précaires.
Précédents : 6 sur 25
Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?
Aucun précédent d'interdiction générale des licenciements n'existe. Les deux cas versés sont partiels et mitigés : l'article 18 italien a protégé les salariés en poste mais concentré les entreprises sous le seuil de 15 salariés avant d'être démantelé en 2015 ; les 35 heures ont créé environ 350 000 emplois selon la DARES, au prix d'allégements de cotisations coûteux et d'une modération salariale négociée.
Ce qui plaide pour
La répartition du travail a déjà réduit le chômage en France : les évaluations officielles attribuent aux 35 heures environ 350 000 créations d'emplois entre 1998 et 2002. (DARES, évaluations de la réduction du temps de travail)
Les plans sociaux d'entreprises bénéficiaires que dénonce la candidate sont documentés : Michelin a annoncé fin 2024 la fermeture de sites français tout en restant profitable, ce qui nourrit la demande d'un encadrement plus strict. (Annonces de fermetures Michelin, novembre 2024)
Le droit français encadre déjà le licenciement économique et le juge peut annuler un plan social insuffisant : la mesure prolonge un contrôle existant plutôt qu'elle ne part de rien. (Code du travail, contrôle des plans de sauvegarde de l'emploi)
Ce qui plaide contre
Le Conseil constitutionnel a censuré en 2002 une simple restriction de la définition du licenciement économique au nom de la liberté d'entreprendre : une interdiction pure serait contraire à la Constitution en l'état. (Conseil constitutionnel, décision 2001-455 DC du 12 janvier 2002)
Une protection de l'emploi très stricte décourage l'embauche : les employeurs anticipent l'impossibilité de licencier, au détriment des entrants sur le marché du travail, jeunes et précaires. (OCDE, indicateurs de protection de l'emploi)
La candidate présente elle-même la mesure comme un objectif à imposer au patronat par les luttes, non comme une loi qu'un gouvernement ferait voter : aucun véhicule juridique n'est proposé. (Brochure de campagne Lutte ouvrière, juin 2026)
Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée
Italie, 1970-2015
Ce qui a été fait. L'article 18 du statut des travailleurs imposait la réintégration du salarié en cas de licenciement injustifié dans les entreprises de plus de 15 salariés.
Ce qui s'est passé. Protection réelle des salariés en poste, mais concentration documentée des entreprises juste sous le seuil de 15 salariés et dualisation du marché du travail ; le dispositif a été largement démantelé par le Jobs Act en 2015.
Ce que ça dit de la mesure. Même une interdiction partielle de licencier déplace l'ajustement vers la taille des entreprises et les contrats précaires plutôt qu'elle ne le supprime.
Ce précédent donne un résultat ambigu.
France, 1998-2002
Ce qui a été fait. Réduction légale du temps de travail à 35 heures, forme partielle de répartition du travail entre tous.
Ce qui s'est passé. Environ 350 000 emplois créés selon la DARES, au prix d'allégements de cotisations coûteux pour les finances publiques et d'une modération salariale négociée.
Ce que ça dit de la mesure. Le partage du travail peut créer des emplois, mais à une échelle modeste et avec des contreparties, loin d'une interdiction générale des licenciements.
Ce précédent donne un résultat ambigu.
Ce que la proposition ne dit pas
Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.
Par quel texte l'interdiction serait-elle établie, la candidate la présentant comme un rapport de force et non comme une loi ?
Que devient une entreprise en cessation de paiements, situation dans laquelle l'interdiction de licencier n'a pas d'objet économique ?
À quelle durée du travail conduit la répartition « entre tous », et qui finance le maintien intégral du salaire ?
Combien de postes publics sont visés dans la santé, l'éducation et les transports, et sur quelle ressource sont-ils gagés ?