Proposition de Nathalie Arthaud (LO) · Travail, salaires & pouvoir d'achat
300 à 500 euros d'augmentation et échelle mobile des salaires
Augmenter immédiatement les salaires, les allocations et les pensions de 300, 400 ou 500 euros, garantir « au moins 2 200 euros net par mois pour s'en sortir », et indexer l'ensemble sur la hausse réelle des prix, celle que les travailleurs constatent au supermarché ou à la pompe, pas l'inflation officielle : quand les prix montent, le salaire doit suivre.
Chiffrage : Non chiffré par la candidate. Estimation externe : une hausse de 300 euros net pour environ 25 millions de salariés représente de l'ordre de 90 milliards d'euros net par an, soit nettement plus en coût employeur, avant même le jeu de l'indexation.
Pourquoi cette proposition obtient 29 sur 100
La note additionne quatre critères notés sur 25. Elle ne dit pas si la mesure est souhaitable, mais si elle est précise, financée, étayée par le débat économique et déjà éprouvée ailleurs. La grille est publiée pour être contestée : voir la méthode.
Précision : 11 sur 25
La mise en œuvre est-elle décrite ? Loi, décret, calendrier, administration chargée de l'appliquer, ou seulement une intention ?
Les montants sont explicites, 300, 400 ou 500 euros, et un plancher est fixé, au moins 2 200 euros net par mois. L'indice de référence est en revanche indéfini : la candidate écarte l'inflation officielle au profit de la hausse des prix constatée au supermarché ou à la pompe, sans désigner l'organisme qui la mesurerait ni la formule de calcul. Aucun véhicule juridique n'est indiqué pour l'appliquer au secteur privé.
Financement : 4 sur 25
Le coût est-il chiffré, et le financement annoncé est-il du bon ordre de grandeur ?
La mesure n'est pas chiffrée par la candidate. La seule estimation disponible est externe et donne l'ordre de grandeur : environ 90 Md€ net par an pour une hausse de 300 euros sur 25 millions de salariés, nettement plus en coût employeur, avant même le jeu de l'indexation. Le financement est explicitement renvoyé à une prise sur les profits par le rapport de force, sans incidence évaluée sur les prix ou l'emploi.
Appui économique : 5 sur 25
La mesure s'appuie-t-elle sur un corpus établi, ou reste-t-elle isolée face à la littérature ?
L'objection centrale est un précédent français que la mesure cite elle-même : la désindexation de 1983 a été décidée pour casser la boucle prix-salaires, et l'inflation est passée d'environ 13 % en 1981 à 3 % en 1986. S'y ajoute une objection d'incidence documentée par l'Insee : une hausse uniforme pèserait d'abord sur les PME à faibles marges, pas sur les grands groupes visés.
Précédents : 9 sur 25
Cette politique a-t-elle déjà été appliquée quelque part, et avec quels résultats ?
Les deux précédents sont réels et donnent des lectures opposées. L'échelle mobile a existé en France de 1952 à 1983 avant d'être abandonnée pour désinflater l'économie. La Belgique indexe toujours automatiquement salaires, allocations et pensions, mais avec des correcteurs que le programme ne prévoit pas : saut d'index imposé en 2015 et norme salariale encadrant les hausses.
Ce qui plaide pour
L'indexation des salaires n'a rien d'inédit : l'échelle mobile a existé en France de 1952 à 1983, et le SMIC reste indexé sur l'inflation aujourd'hui. (Histoire de l'échelle mobile des salaires en France)
La Belgique indexe toujours automatiquement salaires, allocations et pensions : le pouvoir d'achat y a été largement préservé pendant la poussée d'inflation de 2022-2023. (Banque nationale de Belgique, mécanisme d'indexation automatique)
Les chocs d'inflation frappent plus durement les ménages modestes, dont le panier réel (énergie, alimentation) a augmenté plus vite que l'indice moyen en 2022-2023. (Insee, inflation par catégorie de ménages)
Ce qui plaide contre
La désindexation de 1983 a précisément été décidée pour casser la boucle prix-salaires : l'inflation est passée d'environ 13 % en 1981 à 3 % en 1986, et la fin de l'échelle mobile est créditée d'une part de cette désinflation. (Tournant de la rigueur de 1983, littérature macroéconomique)
Une hausse uniforme de 300 à 500 euros pèserait d'abord sur les PME à faibles marges, pas sur les grands groupes visés par la candidate, avec un risque de faillites et de destructions d'emplois. (Insee, marges par taille d'entreprise)
Aucun financement n'est proposé : la mesure est explicitement conçue pour être prise sur les profits par le rapport de force, sans étude de son incidence sur les prix ou l'emploi. (Brochure de campagne Lutte ouvrière, juin 2026)
Ce qui s'est passé quand la même politique a été essayée
France, 1952-1983
Ce qui a été fait. Échelle mobile généralisée : salaires largement indexés sur les prix.
Ce qui s'est passé. Le dispositif a accompagné la croissance des Trente Glorieuses puis alimenté la spirale inflationniste des années 1970 ; il a été abandonné en 1983 pour désinflater l'économie.
Ce que ça dit de la mesure. L'indexation protège le pouvoir d'achat à court terme mais entretient l'inflation quand le choc initial persiste.
Ce précédent donne un résultat ambigu.
Belgique, aujourd'hui
Ce qui a été fait. Indexation automatique des salaires, allocations et pensions sur un « indice santé » des prix.
Ce qui s'est passé. Pouvoir d'achat globalement préservé lors du choc inflationniste de 2022, mais au prix de garde-fous : un saut d'index a été imposé en 2015 et une norme salariale encadre les hausses pour préserver la compétitivité.
Ce que ça dit de la mesure. Un pays européen comparable fait vivre l'indexation, mais avec des mécanismes correcteurs que le programme de LO ne prévoit pas.
Ce précédent conforte la proposition.
Ce que la proposition ne dit pas
Les questions qu'il faudrait trancher pour juger sur pièces, et auxquelles ni le candidat ni les évaluations disponibles ne répondent à ce jour.
Quel indice remplacerait l'indice de l'Insee, et qui le calculerait, la « hausse réelle des prix » n'ayant pas de définition statistique existante ?
Comment une hausse uniforme de 300 à 500 euros est-elle imposée dans les PME à faibles marges, que la candidate ne vise pas ?
Le plancher de 2 200 euros net s'entend-il pour un temps plein, et que devient-il pour les temps partiels et les apprentis ?
Le dispositif prévoit-il les garde-fous qui rendent l'indexation belge soutenable, saut d'index et norme salariale ?
Pour comprendre le fond du sujet
Le salaire minimum
Augmenter fortement le SMIC détruit-il des emplois ?
Le SMIC fixe le salaire horaire en dessous duquel aucun salarié ne peut être payé. La France a l'un des salaires minimums les plus élevés du monde riche rapporté au salaire médian (environ 60 %), avec une indexation automatique sur l'inflation. Plusieurs programmes 2027 proposent de le porter à 1 600 € voire 2 000 € bruts.